Archive pour le mot-clef ‘Sculpture’

Benoît Pype

Mercredi 3 août 2011

Géographie transitoire : Paris, Sculpture, feuille de philodendron, 21×15 cm.

« Géographie transitoire : Paris » est extrait d’une série de plans de villes et d’espaces périurbains découpés dans des feuilles d’arbres délicatement prélevées lors de mes déplacements. La superposition des nervures de la feuille et du réseau urbain produit un troisième support. La feuille se déforme progressivement et des reliefs imprévisibles apparaissent. La ville se fait et se défait lentement, définissant ainsi une géographie fictive et éphémère.

 

Les actions simples telles que prélever, collecter, déposer, ou encore soustraire, font partie de mon vocabulaire de gestes usuels, appliqués à une variété de médiums frugaux, allant de la goutte d’eau à la feuille d’arbre, en passant par le brin d’herbe.

À partir de l’observation attentive de mon environnement immédiat, je formule des tentatives de domestications, d’appropriations des formes. Je m’applique ainsi à capter les manifestations quasi-imperceptibles des changements d’état de la matière en portant une attention toute particulière sur le dérisoire, l’anodin. Il s’agit dès lors de mettre en évidence la richesse et les qualités propres aux transformations discrètes, aux matériaux  de peu de valeur, et d’inscrire par là même mes interventions dans le champ de la sculpture. Les dialectiques du naturel et du culturel, de l’organique et de l’artificiel constituent un socle de réflexion permanent dans ma démarche.

Mes projets récents se présentent sous la forme de bureaux spécifiques, stations de travail privilégiant l’oeuvre en cours et soulignant l’importance du processus et du déploiement de l’activité dans la durée.

Nos modes de vie actuels soumis au culte de la vitesse et de l’instantanéité alimentent un certain nombre de questions. Mon engagement se déploie à cet endroit et s’appuie sur une revalorisation du temps, du bon usage de la lenteur, en vue d’augmenter notre capacité à accueillir l’évènement.

Le « Socle pour une goutte d’eau » et Les « Sculptures de fond de poche » poursuivent mes recherches sur l’observation des formes infimes et transitoires. Cet ensemble de sculptures dialogue avec la « Collection » et « Papier Pressé », fabrique de papier artisanal appliquée à convertir mon désir d’instantanéité en activité lente et séculaire.

 

www.benoitpype.com

 

Loïc Blairon

Mardi 2 août 2011

9 jeux de Gottfried Wiegand, 2010, Performance (d’après un dessin original de Gottfried Wiegand), 9 diapositives, magnétophone et texte enregistré.

 

Mon travail s’articule principalement autour de la sculpture, de la photographie, du dessin, plus rarement de la vidéo et du texte.

La forte présence de la main (dessins, sculptures), et le format souvent réduit des pièces confèrent à mon travail une allure fragile, parfois pauvre (bois,

tissu) mais aussi précieuse (objets anciens), en tout cas très en lien avec ma pratique d’atelier (son quotidien et ses aléas).

Les médiums que j’utilise sont des matériaux que je combine, des éléments que j’articule. De fait, leur mise en circulation et la pollution qu’ils constituent les uns pour les autres en sont les deux principaux moteurs. Si des éléments de répétition apparaissent clairement c’est pour mieux désorganiser l’appréhension de l’ensemble qu’ils forment, les effets de phrase et de série venant renforcer l’idée de composition.

C’est pourquoi au travers de ces combinaisons, j’aime que des constructions complexes soient corrélées à des choses très simples, moyen de produire des décalages. Au travers d’une articulation qui se veut être précise, quasiment univoque, chaque élément procède du collage, équilibre disparate.

En ce sens, articuler, c’est pour moi établir des équivalences et c’est cette idée qui est à l’arrière-plan de tout mon travail. C’est une manière de penser la place et le rapport qu’ont les choses mais aussi et surtout le vide qu’il faut inventer pour les articuler : la césure, la pulsation fabriquent la forme (l’importance qu’a eu la musique dans mon parcours s’incarne probablement ainsi).

Au fond, j’entrevoie toujours mon travail avec l’idée de géométrie : ce que la raison reconnaît distinctement et ce qui lui échappe totalement. Ce qui explique par exemple la récurrence de la feuille blanche, du cadre, de la mesure ; de l’invisible, du mouvement, du malentendu, etc. Autant de manières de tracer des lignes autour d’un sujet, de l’encadrer mais en faisant en sorte que l’étrangeté, la perte, en soit le résultat paradoxal. Rien ne se mesure dans son entier.

www.loicblairon.fr

 

Stéphane Albert

Mardi 2 août 2011

Construction murale 1, (portrait de W. »Smurf »P.), 2011, 125x100x20 cm, Contreplaqué et tag brulé.

 

Merci

Une pince-Monseigneur en bois,

des graffiti pyrogravés,

des fragments de façades pour portraits,

un voilage sans perspective fenêtre,

un monde sans contour …

Voici égrainés sommairement quelques éléments de l’exposition personnelle de Stéphane Albert à la Galerie Jeune Création.

Quels sont les objets de ce remerciement?

Composition (Pied de biche ) se situe dans la lignée des reproductions d’outils populaires, que Stéphane Albert réalise depuis 1997. Il opère des processus de glissement de l’objet à la sculpture sur un ensemble de profilés qu’il choisit : des outils liés à la circulation de marchandises comme la cagette, aux outils de lestage comme l’enclume, aux outils d’élévation comme l’échafaudage… etc.

Ces éléments sont reproduits à échelle un, en bois, à partir d’assemblage ou de carottage. Leur intrusion et installation dans l’espace d’exposition dé-contextualisent l’objet de leur environnement convenu: Le chantier, l’atelier ou l’espace domestique. Hors d’usage et hors champ, l’objet devient alors sculpture.

Stéphane Albert sélectionne un objet, il observe sa forme, analyse le rendu industriel et en déduit son propre processus de fabrication à adapter au bois. Détaché des techniques d’artisanat préconçues et empiriques, il module l’outil générique et sériel à la pièce unique.

Composition (Pied de Biche) perd sa fonction et son usage, il ne peut plus permettre d’arracher les clous, de faire levier, de guider, de saboter ou même de briser. Il devient une forme statique et fragile à contempler et à re-figurer. Ce profilé octogonal accède alors au rang de trophée ou de pièces à points de vue multiples.

Compositions murales 1-2-3-4 sont des modules de parpaings en bois composés à la manière du portait. Chacun a son volume, sa couleur et sa forme et ils sont tagués en leur recto. Stéphane Albert a collaboré avec des graffeurs, qui ont apposé leurs « blazes » (leurs signatures). Le principe du graffiti se trouve déplacé, puisqu’il est ici contraint par un cadre (et non par un environnement). De plus, il ne procède plus d’un geste libre et spontané, puisqu’il reprend le tag selon un processus lent et contraignant de brûlage. Le rendu prend alors des allures de bas-relief.

Le verso du parpaing n’est pas plein. La pièce offre une double-face, et rejoue en son dos le principe du cartel de l’œuvre et du châssis d’une toile.

Cette nouvelle série prolonge le protocole des Constructions (2001-2011), composées à partir de panneaux de bois recyclés et retaillés en modules parpaings, qu’il assemble à partir des couleurs et des marques initiales. Compositions murales 1-2-3-4 laissent présager de nouvelles perspectives de compositions et de récursivité, qu’il projette d’adapter et expérimenter selon les supports à venir et les espaces d’expositions futures.

Un planisphère sur tissu laisse en suspens une ré-interprétation de l’image du monde. Les inscriptions de noms de villes, de pays, de régions flottent ; tous les tracés ont disparu. Avec Composition (d’après la carte politique du monde, échelle 1 : 23 000 000 – Kümmerly & Frey), la géographie se trouve réduite à un égrainage de noms, redessinés sur le même principe des pages de la Littérature qu’il reproduit manuellement depuis 2000, sous le mobile de protagonistes prénommés Albert.

Stéphane Albert dissout les continents, engendre leurs dérives, les essaime en archipels et s’approprie le planisphère, par nature, normatif et immuable.

L’exposition Merci révèle de multiples translations entre standard et singulier, tout en déjouant les pièges de la sublimation et de l’ersatz.

Charline GUIBERT, Le 28 avril 2011

 

Merci

Lundi 9 mai 2011


Une proposition de Stéphane Albert



Du 14 mai au 4 juin
Vernissage le vendredi 13 mai à 18h
Du mardi au samedi de 11h-18h
Rencontre avec l’artiste le samedi 28 mai de 14h à 18h dans le cadre de la manifestation Quartiers d’Art
Quartiers d’art / 23 lieux, 5 parcours, 1 rallye, 1 cabaret
Vendredi 27, samedi 28, dimanche 29
www.quartiersdart.fr

Une pince-Monseigneur en bois,
des graffiti pyrogravés,
des fragments de façades pour portraits,
un voilage sans perspective fenêtre,
un monde sans contour …
Voici égrainés sommairement quelques éléments de l’exposition personnelle de Stéphane Albert à la Galerie Jeune Création.

Quels sont les objets de ce remerciement?

Composition (Pied de biche ) se situe dans la lignée des reproductions d’outils populaires, que Stéphane Albert réalise depuis 1997. Il opère des processus de glissement de l’objet à la sculpture sur un ensemble de profilés qu’il choisit : des outils liés à la circulation de marchandises comme la cagette, aux outils de lestage comme l’enclume, aux outils d’élévation comme l’échafaudage… etc.
Ces éléments sont reproduits à échelle un, en bois, à partir d’assemblage ou de carottage. Leur intrusion et installation dans l’espace d’exposition dé-contextualisent l’objet de leur environnement convenu: Le chantier, l’atelier ou l’espace domestique. Hors d’usage et hors champ, l’objet devient alors sculpture.
Stéphane Albert sélectionne un objet, il observe sa forme, analyse le rendu industriel et en déduit son propre processus de fabrication à adapter au bois. Détaché des techniques d’artisanat préconçues et empiriques, il module l’outil générique et sériel à la pièce unique.
Composition (Pied de Biche) perd sa fonction et son usage, il ne peut plus permettre d’arracher les clous, de faire levier, de guider, de saboter ou même de briser. Il devient une forme statique et fragile à contempler et à re-figurer. Ce profilé octogonal accède alors au rang de trophée ou de pièces à points de vue multiples.

Compositions murales 1-2-3-4 sont des modules de parpaings en bois composés à la manière du portait. Chacun a son volume, sa couleur et sa forme et ils sont tagués en leur recto. Stéphane Albert a collaboré avec des graffeurs, qui ont apposé leurs « blazes » (leurs signatures). Le principe du graffiti se trouve déplacé, puisqu’il est ici contraint par un cadre (et non par un environnement). De plus, il ne procède plus d’un geste libre et spontané, puisqu’il reprend le tag selon un processus lent et contraignant de brûlage. Le rendu prend alors des allures de bas-relief. Le verso du parpaing n’est pas plein. La pièce offre une double-face, et rejoue en son dos le principe du cartel de l’œuvre et du châssis d’une toile. Cette nouvelle série prolonge le protocole des Constructions (2001-2011), composées à partir de panneaux de bois recyclés et retaillés en modules parpaings, qu’il assemble à partir des couleurs et des marques initiales. Compositions murales 1-2-3-4 laissent présager de nouvelles perspectives de compositions et de récursivité, qu’il projette d’adapter et expérimenter selon les supports à venir et les espaces d’expositions futures.

Un planisphère sur tissu laisse en suspens une ré-interprétation de l’image du monde. Les inscriptions de noms de villes, de pays, de régions flottent ; tous les tracés ont disparu. Avec Composition (d’après la carte politique du monde, échelle 1 : 23 000 000 – Kümmerly & Frey), la géographie se trouve réduite à un égrainage de noms, redessinés sur le même principe des pages de la Littérature qu’il reproduit manuellement depuis 2000, sous le mobile de protagonistes prénommés Albert.
Stéphane Albert dissout les continents, engendre leurs dérives, les essaime en archipels et s’approprie le planisphère, par nature, normatif et immuable.

L’exposition Merci révèle de multiples translations entre standard et singulier, tout en déjouant les pièges de la sublimation et de l’ersatz.

Charline GUIBERT
Le 28 avril 2011

 

Galerie Jeune Création
24 rue Berthe 75018 Paris (Abbesses / Pigalle / Anvers)
01.42.54.76.36
info@jeunecreation.or

Avec le soutien de la Mairie du 18e.

Magali Sanheira

Vendredi 22 octobre 2010

À travers elle, acier, bois, capteurs de surface, ampli, système de diffusion, 140×140 cm,  2010 (vue de l’exposition Circle Makers, Fluctuat Nec Mergitur, ArsLonga)


De ses navigations dans les quartiers en reconstruction, Magali Sanheira montre un intérêt particulier pour les machines de chantier et pour les paysages qui les accueillent. L’artiste joue sur les échelles, creuse l’antinomie, licencie les outils de leur fonction, et les déplace dans un autre environnement. Inscrite dans une scénographie recombinatoire, A travers elle est une sculpture inspirée d’une lame de scie circulaire, l’outil habituellement générateur de nuisances sonores se transforme ici en amplificateur pour capter et retransmettre les mouvements et les vibrations de son environnement.

http://magalisanheira.free.fr

Damien Marchal

Vendredi 22 octobre 2010

Waiting For The Pigs est une sculpture sonore retraçant l’histoire d’un morceau de musique, Piggies des Beatles, paru en 1968 sur l’album  THE BEATLES surnommé l’album blanc.

Durant l’été 1969, cette composition de Georges Harrison inspira Charles Manson, ou tout du moins celui-ci en fit une interprétation toute particulière, qui l’amena à assassiner Rosemary La Bianca de 41 coups de couteaux ainsi que son mari, Leno La Bianca, de 12 coups de couteau et 7 coups de fourchette. Manson lui laissa la fourchette plantée dans l’abdomen et le couteau dans la gorge et écrivit sur l’un des murs  DEATH TO PIGS avec le sang de la victime, ceci faisant référence directe aux paroles de la chanson Piggies« Vous pouvez les voir sortir dîner, avec leurs femmes cochon, attrapant fourchettes et couteaux, pour manger leur bacon ».
Le 9 août 1969, alors que Polanski était au Royaume-Uni pour préparer son prochain film, Sharon Tate, son épouse enceinte, qui était en compagnie de 5 amis dans sa maison de Bel Air à Los Angeles, furent  tous assassinés par « La Famille » de Charles Manson. Le mot « Pig » fut écrit, sur la porte d’entrée, avec le sang de Sharon Tate.

En 1994 sort, The Downward Spiral concept album de NINE INCH NAILS, retraçant l’autodestruction d’un homme jusqu’à son suicide, qui fut enregistré dans la maison où Sharon Tate a été assassinée, le 10050 Cielo Drive à Bel Air, Los Angeles. Les titres Piggy et March of the Pigs font d’ailleurs écho aux inscriptions sanglantes laissées par « la Famille » (cf. Charles Manson). Petite anecdote supplémentaire : Le studio d’enregistrement de Nine Inch Nails, Nothing, basé à 10050 Cielo Drive se voit attribuer le nom de « PigStudio », The Downward Spiral y verra le jour, ainsi que  » Portrait Of An American Family » de Marilyn Manson.

Octobre 2009, le Washington Post, publie un article informant que la CIA venait d’être attaquée en justice par un groupe d’artistes américains pour utilisation abusive de leur musique. Des artistes comme Bruce Springsteen, Eminem, Britney Spears ou Nine Inch Nails ont été diffusés dans des complexes pénitentiaires militaires tels qu’Abou Ghraib ou Guantánamo, à des volumes sonores très élevés et des périodes d’exposition plus ou moins longues. Ainsi, un détenu a raconté avoir écouté pendant 20 jours le même morceau d’Eminem, sans discontinuer. Dans la liste rendue publique figure les titres Piggy et March of the Pigs de Nine Inch Nails.  Les détenus subissent  l’écoute de ces morceaux de musique populaire choisis par les soldats-geôliers eux-mêmes. Cette torture est perpétrée dans une cellule «sonore» baptisée par les soldats, le «DISCO’S».

www.marchal.biz

Aurélien Maillard

Vendredi 22 octobre 2010

Ma pratique est d’ordre sculpturale, elle oscille entre des productions ouvertement brutales, qui entrent en tension avec l’espace sur lequel elles prennent appui et des pièces en apparence plus policées, plus consensuelles. Qu’elles soient de la première catégorie ou de la seconde, elles ont en commun une certaine préméditation, un calcul préalable. Pour exemple, la spontanéité et la violence apparentes des pièces de la série Impacts sont feintes, représentées, et donc anticipées. A ce titre, je revendique un caractère architectural pour l’ensemble du travail que je produis.
Dans un premier temps, j’ai cherché à réaliser des pièces qui contiennent une forte charge énergétique. Pour se faire, j’ai utilisé principalement des matériaux et outils issus du bâtiment et de la construction. Dans le souci de ne pas être expressif, il m’importait d’intenter le moins possible à leur intégrité physique et fonctionnelle. Je cherchais alors à rendre visible les tensions et autres forces mécaniques à l’oeuvre.
En parallèle je me suis intéressé au mobilier. La dimension utilitaire m’a permis de me recentrer sur la substance de l’objet car la production in situ, érigée bien souvent dans mon cas en un principe rigoriste, menaçait alors d’affaiblir mes interventions, de les rendre trop dépendantes vis-à-vis du lieu.
Les travaux dont la finition semble plus aboutie appartiennent à un registre élargi du mobilier. Ils travaillent la frontière entre sculpture et design objet et plus précisément les catégorisations communément admises des objets usuels. De toute évidence, le caractère utile d’un objet ne saurait le classer de manière univoque et irrémédiable dans la catégorie des objets « vils ». Avec ces réalisations, j’ambitionne aujourd’hui de créer des pièces qui ne soient plus nécessairement spectaculaires, qui ne produisent plus seulement l’effet d’une démonstration ou d’un tour de force. Je souhaite atteindre une forme d’évidence, c’est-à-dire que mes créations tâchent à la fois de s’imposer par une présence radicale mais aussi d’être immédiatement lisibles dans toute leur complexité.
Je revendique l’engagement physique de l’auteur comme une manière d’affirmer une singularité artistique. Les repentis et autres défauts sont les témoins discrets d’une charge de travail qui convoque le labeur de l’ouvrier et de l’artisan et se placent ainsi en porte-à-faux vis-à-vis des productions trop subordonnées et réductibles à leur propre image.

www.aurelienmaillard.com

Le Collectif DOP

Vendredi 22 octobre 2010


Fondé en 2005, le Collectif DOP s’est fait une spécialité de l’observation affûtée du monde qui l’entoure. À travers des sculptures, installations et projets localisés dans un espace donné, ils ont d’abord posé les bases d’une réflexion sur fond de démocratie participative. Le terme peut, c’est vrai, paraître éculé en ces temps de démagogie rhétorique. Mais, sans renoncer à son ambiguïté, il faut autant ici l’entendre comme une forme de partage, tout d’abord car nous avons bien ici à faire à un collectif, autant qu’à celle d’un exercice de pouvoir.
Ainsi, se situent dans la ligne de mire du Collectif DOP les éléments qui régissent les systèmes de vie en communauté, à partir desquels il met en place des formes tant destinées à scruter, évaluer un territoire qu’à y intervenir. Pour cela, le Collectif DOP a initié en 2006 un projet d’urbanisme en deux temps, remarquable et remarqué au titre qu’il relève ce qui d’habitude reste totalement inconsidéré par les architectes et financiers, à savoir l’avis des riverains concernés par une nouvelle construction. Une Cellule de consultation, a ainsi été mise en place dans le Jardin des Plantes de Rouen, au centre ville pour engager  la réflexion avec les habitants du quartier venus s’informer et s’exprimer. Le projet, bien sûr utopique, mené dans la cellule de consultation a, dans un deuxième temps , fait l’objet d’un démarchage prospectif afin de trouver des investisseurs potentiels. Le projet agit donc dans un déplacement des forces en présence qui révèle, en réponse à l’incontestabilité des décisions architecturales, la prégnance d’un consensus social, immanquablement empreint des croyances, idéaux et qui circonscrit le bâti à des survivances identitaires.
Aussi, si l’architecture appréhendée en tant que programme constitue un fondement, le Collectif DOP la considère éminemment en tant que signe du populaire. À l’instar des deux façades « Folklore » adossées en 2009 à la devanture de deux galeries rouennaises, la sculpture issue du projet « Poncif suisse » intitulée Campanile est tout à fait exemplaire. En tant que simulacre de la culture civile, cette sculpture joue sur les même ressorts, visuels et sonores, et s’impose dans l’espace d’exposition comme un repère. Sonnant tous les quarts d’heure, cette œuvre émet un signal clair, audible et compréhensible pour tenter d’emporter l’adhésion du plus grand nombre.
L’enjeu devient clairement persuasif, rhétorique. Et c’est bien là, et uniquement là, finalement, que se joue la démocratie.
Leslie Compan

www.collectifdop.fr

Gaël Lecerf

Vendredi 22 octobre 2010

Vie et mémoire
Une sculpture de Gaël Lecerf est reconnaissable entre plusieurs. Il invente un mode d’expression propre, une grammaire, qu’il fait évoluer progressivement tout en se pliant aux règles qu’elle impose. Il nous faut, à nous spectateur, entrer dans cette grammaire et tâcher de nous familiariser avec ses lois.
Chaque structure doit être capable de signifier une idée en reprenant les formes d’une action humaine ou un geste déterminé. La perception sensible extérieure doit être parfaitement unie à une impression intime. Le choix de ces mouvements a une grande importance, ils font référence à un moment donné de notre histoire qui a eu des répercussions et s’est inscrit de manière presque indélébile au cours du temps. Ce sont des séquences de mouvement qui façonnent notre personnalité, notre identité. Chaque pièce est le témoignage d’un évènement antérieur, évènement unique, que Gaël cherche à faire revivre ou à retenir contre la force du temps. La perception est investie par un sentiment et cette unité donne aux sculptures un caractère très personnel, puisque Gaël part de sa propre existence, mais en même temps ouvre la possibilité pour chacun de faire retour à son expérience propre. Car ce sont toujours des thèmes relatifs à la mémoire elle-même, collective ou singulière, que l’on retrouve dans son travail. Des thèmes relatifs à l’isolement, la lutte, la fragilité humaine, le deuil…
Gaël Lecerf est un artiste qui travaille en atelier et toujours seul. Sa vie d’atelier est un corps à corps constant avec les matériaux. Il y déploie constamment de nouvelles techniques afin de ne pas se sentir limité dans la réalisation et de pouvoir tout contrôler. En cette époque où le savoir faire de l’artiste ne donne plus la mesure de la qualité d’un travail, Gaël réinvestit ce champ d’une dimension nouvelle. Car il est évident que si elle prend place dans son travail, c’est toujours en tant qu’outil. La technique est un moyen au service de l’idée, elle ne saurait être une fin en elle-même, ni prendre la place de cette idée. Pour Gaël, la technicité sert à montrer une idée, nous l’avons dit, mais elle sert aussi à dissimuler le cœur de cette idée, sa sensibilité. Derrière la prouesse technique, il y a la fragilité de son auteur qui veut échapper à tout romantisme, alors même que ses pièces sont éminemment dramatiques et traversées par un sentiment de mélancolie.
Pour comprendre ce paradoxe, il faut se représenter Gaël Lecerf comme un ascète. Il épure ses sculptures et, ce faisant, il les délivre de toute possibilité de les appréhender de manière artificielle, comme un simple agrément. Il va droit à l’essentiel.
Dans son travail, on trouve peu de surfaces, peu de couleurs, des matériaux froids, et cette règle qui traverse ses derniers projets, l’impératif du mouvement. C’est un mouvement déterminé, un déplacement entre deux points fixes, trajectoire répétée à l’infini.
La plupart des sculptures de Gaël sont d’abord immobiles puis un mouvement se déclenche, le déplacement s’opère. Il atteint un second point où il s’arrête de nouveau puis revient à sa position initiale. Si nous ne sommes pas prévenus, en voyant la sculpture se modifier subitement nous sourions, car le mouvement a toujours cet effet de surprise qui permet d’ouvrir une dimension absurde. Nous savons bien que l’absurde cache souvent les sujets les plus tragiques. De fait, la surprise disparaît bien vite et laisse place à une seconde impression. C’est une impression de lourdeur, de sérieux excessif, qui nous fait regretter ce sourire et la légèreté trouvée en arrivant.
Les mécanismes ont justement pour but de faire revivre l’éphémère de l’instant disparu dans le passé. Il donne à vivre tout à la fois, étonnement et regret d’une impression perdue jamais retrouvée. Nous retrouvons la douceur de la mémoire qui préserve la vie du souvenir et l’amertume de la perte et de l’éloignement.
Ainsi, structures, moteurs, machines, ces mots qui pourraient nous apparaître insensibles révèlent en réalité cette scène tragique instaurée par le sourire naissant.
Gaël Lecerf cherche à arrêter le temps, revenir en arrière, ou tout simplement à se donner le temps de vivre l’instant qui échappe sans cesse à nos prises. Paradoxe du sensible, où ce qui existe est aussi ce qui ne cesse de mourir. Les impressions naissantes s’enfoncent dans l’oubli et c’est dans un geste ultime que Gaël essaie de les rattraper avant qu’elles ne s’effacent. Dans le mouvement, c’est le deuil qui se fait jour, la conscience de la disparition. Au cœur même du deuil nous trouvons cependant les signes d’une joie, la joie de donner naissance à une forme nouvelle. Surmonter le deuil par l’espérance de la joie produite par la création est l’effort sans cesse à recommencer qui habite non seulement la vie et le travail de l’artiste mais la vie de tout homme sans exception. Dans l’action même du mécanisme, on retrouve un être animé. Par delà le mouvement sans cesse renouvelé, toujours identique, Gaël Lecerf a trouvé un moyen d’engendrer des formes nouvelles, de rendre fertile le deuil qui nous habite constamment.
Théodora Domenech

www.gaellecerf.com

Yves Koerkel

Vendredi 22 octobre 2010

Depuis une dizaine d’années, Yves Koerkel développe un travail de pliage systématique et rigoureux, au tramage toujours identique.
Prolongeant avec virtuosité le savoir-faire des enfants préparant des guirlandes de Noël, il applique sa technique compulsive à différents supports papier, vierges ou imprimés, avec une prédilection marquée pour les affiches publicitaires, obtenues auprès des imprimeurs ou des affichistes, auxquels il fait subir des traitements littéralement défigurants.

Livrés à l’artiste, les visages parfaits se crispent, les paradis terrestres se distordent, le monde idéal exalté par la publicité se noie, se brouille dans les plis et les replis. Le papier mis en forme devient volume et se mue en formes organiques, sculpturales, plus ou moins monumentales qui flottent suspendues dans l’espace. D’autres fois,  le côté obsessionnel prend le dessus et Yves Koerkel s’attache à la nature répétitive des images qu’il utilise et envahit l’espace d’innombrables modules similaires qu’il élabore.

Installateur de figures et de choses dont il a entrepris une savante défiguration avec une grande économie de moyen, ses réalisations offrent une expérience singulière de détournement des images qui imprègnent nos quotidiens.
Son univers à la fois drôle et caustique est au cœur des préoccupations actuelles, de la prolifération des images aux paradis artificiels.

http://yveskoerkel.blogspot.com

Sarah Garbarg

Jeudi 21 octobre 2010

Mon travail récupère, utilise les codes.
Que ce soit une schématisation, un archétype, un système de norme, un code de langage (idiome), ou plus simplement ce qui nous permet d’associer à chaque signifiant un signifié. En ce sens je ne crée pas de forme, mais les utilise, les reproduis, les déplace, les organise.
Ces codes abstraits, dans mes mains, deviennent des sculptures, des installations. Des objets concrets que je manipule, assemble, viens dé-finir et ré-fléchir. En un sens je les vérifie, usant à chaque fois de leur propre logique interne pour déterminer mes règles de construction, parfois jusqu’à l’épuisement.
La sculpture a toujours eu pour moi un caractère ambivalent : à la fois présence et absence.
Interrogeant cette contradiction, mon travail ne se place jamais comme obstacle, mais, jouant sur l’absence-la présence, le vide-le plein, l’échelle, utilisant de faibles écarts, des reflets, entretient une transparence au lieu.
Toni Grand dit de ses objets qu’ils sont « morts ». Ce qui m’intéresse avant tout, dans le processus de création, c’est de parer cette mort. Quand je construis un objet, c’est avant tout pour lui donner l’occasion de se déconstruire, de redevenir. Pour qu’il ne soit pas nommable, mais surtout dans une volonté de montrer ce qui se situe derrière, ou plutôt ce qui ne se situe pas, à la différence de mes sculptures, mais qui est au-delà de l’objet. Ce moment où, la sculpture se jouant, la projection vacille ; où il faut alors tout recommencer et reconstruire pour soi.

Estrella Estevez

Jeudi 21 octobre 2010

Au départ de mon travail il y a l’errance, la déambulation… pendant lesquelles ma pratique se nourrit au hasard des découvertes, dans des paysages tant naturels que citadins.
Ce travail s’imprègne des forces opposées d’un monde qui s’érige et qui s’affaisse, sorte d’extraction de fragment d’un paysage en perpétuelle mutation; passant ainsi d’une observation de la nature entropique à une proposition plastique.
La forme, la matière  sont les lignes directrices d’un processus de transformation de pièces que je produis: transformation « des choses », une transformation organique dans le temps comme un fossile.
Ma démarche s’inscrit dans un questionnement de la sculpture classique  et contemporaine.
A travers son élaboration, la sculpture prend corps dans un «combat» et une «résistance» où tout reste encore possible par rapport à l’idée de départ.
C’est dans cet état de possibilités que mon travail se place, entre opposition et mise en tension des matériaux (matériaux de construction, industriels ou organiques, objets anodins, banals, rebuts…) choisis en fonction de leurs qualités physiques et symboliques; cherchant ainsi à instaurer un langage esthétique à travers les qualités physiques propres aux matériaux.
J’utilise également la photo et la vidéo qui me permettent de témoigner d’une action et de révéler la dimension sculpturale de certaines de mes pièces.

Aurélie Mourier

Mardi 20 juillet 2010


(Volume 05981.001., mousse, fil et grille métallique)

Mon travail a pour base la constitution d’un répertoire de toutes les formes existantes ou à venir.
Chacune d’elles est préalablement modélisée dans un logiciel 3D. Ces modèles sont constitués de voxels (pixels à trois dimensions), inscrits dans une matrice cubique de 25 voxels de côté. Chaque modèle classé dans le répertoire est analysé. Des données en sont extraites, elles sont à l’origine de mes réalisations plastiques. Les choix arbitraires et le hasard s’y confondent, nivelés par la mise en boîte.
L’aspect manufacturé des oeuvres fait perdre aux formes leurs côtés lisses et parfaits, basculant du virtuel vers le réel. L’ensemble oscille entre rationalisation du monde et poétisation mathématique.

www.aureliemourier.net

Mathilde Lavenne

Mardi 20 juillet 2010


mathildelavenne.blogspot.com

Claudia Comte

Mardi 20 juillet 2010

Claudia Comte réalise une œuvre protéiforme : peintures, sculptures, pyrogravures, dessins et photographies. Ses sources sont aussi multiples qu’originales : archives familiale, artisanat vernaculaire, cinéma spectaculaire, héraldique qui se meut en abstraction géométrique, cartoon low-tec, histoire de l’art romantique, monuments publics, statuaire de place du village ou encore les œuvres cinétiques qui ornent posément les giratoires. Les rapprochements opérés par la jeune artiste sont intuitifs. Il n’y a pas de hiérarchie dans les constituants convoqués dans ses œuvres, ce sont des réminiscences.

www.claudiacomte.ch