3 fois à propos de l´amour
Markéta Korečková (1975) se penche, dans ses créations en art plastique, sur le sujet des relations de couple. Elle étudie la zone d´interférence entre deux Etres humains, qu’elle soit temporaire ou éternelle. Elle perçoit cet “espace de rencontre“ comme quelque chose de naturel, sur individuel, comme une sorte de territoire pour des messages archétypaux ou se déroulent les actes existentiels principaux mais aussi les actes irréversibles de la prise de conscience des deux acteurs. La créatrice a appelé l´ensemble présenté « A propos de l´amour ». Il inclut trois oeuvres indépendantes, chacune représente un couple – un homme et une femme – dans des positions variées et en relation réciproque.
Pour son oeuvre les Stéréotypes de genre (2008), la créatrice a opposé, face à face, deux torses selon le modèle grec de Kouros-Koré. La femme est plus petite, blanche, en hauteur, elle se termine par une plaque de cuisinière, un interrupteur et une prise électrique mâle. Comme la femme représente un « produit électroménager », l´homme est celui qui, depuis sa position d´Etre supérieur et créatif, « fait cuire » sa masculinité. Korečková a créé une situation modèle de deux figures d´un jeu d´échec (noire x blanche) entremêlées dans une partie du jeu a fin ouverte. On y perçoit, dans des schémas et des clichés sociaux (le créateur et la bonne), leurs rôles traditionnels ironiquement démasqués.
Deux torses de sexes différents allongés forment l´œuvre appelée l´Amour comme passion (2009). La créatrice s´est laissée inspirer par de vraies formes forestières. Il y a des racines qui poussent des jambes des demi-figures. Au niveau de la coupe transversale, les cernes de la femme portent un cœur transpercé d´une flèche, ceux de l´homme une inscription Love. Les deux saignent légèrement. Ils ne se touchent pas ce qui représente un moment important, ils entrent uniquement en configurations variables et distantes. Ce qui permet au spectateur de faire des associations libres. Les stéréotypes de la pensée humaine se mettent de nouveau en œuvre pour s´imaginer des histoires romantiques d´amour malheureux avec une fin tragique, de tourments corporels et spirituels d´une passion forte, d´un déracinement et de la perte de la « terre sous les pieds ». Ce sont exactement ces associations-là que la créatrice recherche avec un perfectionnisme cynique dans son choix de la forme sculpturale et du traitement de la surface.
La troisième réalisation le Cœur brisé (2009) ironise la relation entre les deux sexes par une mise en situation. L´homme est représenté par des corps incomplets, un torse d´un trophée asymétrique et comique décoré d´un cœur rouge découpé et épinglé dessus. L´endroit du percement est perçu comme une cicatrice douloureuse. La femme = un seau avec une serpillière et une tache rouge (de sang) est située par terre. Les deux artefacts sont reliés par une chaîne – relationnelle équilibrant l´analogon du couple. La serpillière posée sur le seau peut être interprétée sans aucune hésitation soit comme un voile de souffrance (Veraikon) ou bien comme une cape qui permet à la femme de cacher ses douleurs et ses souffrances afin de préserver le présent pour le futur (la cape de la Vierge Marie).
L´amour apparaît de partout de manière critique et non féerique sous trois formes différentes et semblables en même temps. Le ton moqueur ne vise ni l´homme, ni la femme, ni leur vie commune. Ce qui est ironisé, ce sont les préjugés générationnels et sociaux qui participent, encore aujourd’hui, de façon néfaste, à la formation du milieu culturel de l´Europe centrale.
En bref, “ça passera avant que tu ne te maries“, nicht wahr, Markéta?!
Petr Vaňous, curateur indépendant, Prague
Markéta Korečková, Tchécoslovaquie, 1975, vit et travaille à Prague
Gender stereotypes, 2008, fibre de verre, bois, plaque chauffante
Love as passion, 2009, fibre de verre, crystal, racines de pin,
Broken heart, 2009, bois de cerf, seau en plastique, silicone, chaîne métallique
Ces trois sculptures représentent un tournant dans le travail de Markéta Koreckova, qui s’était auparavant intéressée au corps féminin d’un point de vue organique, féministe et ironique, qu’il s’agisse du fait que les « princesses aussi ont leurs règles » ou d’une série de sculptures sur les implants mammaires. Markéta Korečková y critiquait la division traditionnelle des rôles selon le sexe. Ici, il est question des rapports entre l’homme et la femme dans le couple. La métaphore de l’arbre, et la volonté de présenter des corps coupés au même niveau suggère que l’homme est la femme sont faits « du même bois ». La beauté de l’enchevêtrement des racines exprime la profondeur de cette parenté. Pourtant, une disproportion est établie et suggère une relation de bourreau (masculin) à victime (féminine), qui renverrait à l’état des relations entre les sexes en Tchéquie aujourd’hui (et ailleurs…) : l’homme, sur son piédestal acquiert prestige et inspiration en utilisant la femme, et pour finir, il lui brise le cœur. Les corps séparés de Love as passion traduisent peut-être le solipsisme de l’être passionné, et l’impossibilité d’une vraie rencontre, y compris dans la sexualité.
Emilie Bouvard
Mots-clefs : Installation, Sculpture



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