L’écriture des choses ou la contemplation
Un pavé, une corde de cloche, des objets existants, tout peut devenir matière première dans la pratique de Camilo Osorio Suarez. Tout va très vite, les idées se bousculent, chacune étant prétexte à un développement possible. La technique matérialise le regard intuitif que l’artiste porte sur le monde et exploite les médiums qui lui sont nécessaires: la peinture, le dessin, la gravure, la sérigraphie, la photographie, la vidéo et l’installation. D’une grande prolificité, l’artiste questionne son rapport aux choses en créant une tension interne dans ses propositions.
L’acte de créer est pour lui une nécessité de « vider » son inconscient. Les éléments observés dans son environnement sont toujours rapprochés de leur essence qu’il soit cosmologique, tautologique, scientifique, organique, afin de nous en montrer leur force ou leur faiblesse, ou simplement en faire un constat. Un bassin de sel manufacturé reflète son histoire propre par
son usure et la fixation du sel sur les parois. Un olivier plongé dans sa propre huile nous interroge sur ce qu’est l’essence de cet arbre : ne sert-il simplement qu’à produire de l’huile ?
La confrontation des éléments devient le moyen de faire surgir les préoccupations de l’artiste.
Dans une installation, il reproduit une table cosmologique dont la fragilité est visible par la disposition des éléments, ou encore se penche sur les tensions électriques qui seraient factrices de migraine.
L’éclectisme de l’œuvre de Suarez n’est autre que l’immense vocabulaire dont il use comme une forme d’« écriture purgatoire » puisée dans la mélancolie du monde observé. Son œuvre transfigure cette notion et véhicule un regard posé sur la société. Poète contemporain, les mots et les formes s’unissent désormais dans un langage plastique en permanente évolution à l’exemple de sa dernière série de peintures dans laquelle l’écriture et la peinture s’entremêlent.
Fabienne Bideaud
Mots-clefs : Installation, Peinture, Photo, Video
