Une ville amazonienne
La ville de Lago Agrio a émergé à la fin des années 70. C’est une ville construite de toute pièce, au milieu de la jungle amazonienne, en vue d’accueillir des hommes exploitant le pétrole.
Lorsque je suis arrivée dans cette ville, j’ai pu sentir une sorte d’excitation, une étrange atmosphère dont on ne sait si elle est positive ou négative. Je n’ai compris pourquoi que peu après. Ici, il n’y a pas d’histoire. Ici, tout est dans l’instantané et dans l’immédiat de la fonctionnalité. On y vit car on est lié de près ou de loin, à l’artifice que suscite l’appât du pétrole, exploité par des compagnies étrangères. La ville n’est pas seulement forgée autour de l’histoire individuelle de ses habitants, de ses groupes, ou de ses communautés. Elle est au contraire ce qui se confine à un scénario bien plus vaste, qui leur échappe et qui vient d’ailleurs. On dirait que cette ville célèbre le pétrole, comme dans un parc d’attraction. Ainsi, cette sensation est liée au caractère soudain et machinal de tout ce qui surgit, c’est une ville qui ne nous laisse pas le temps, une ville de commande en vue de remplir des desseins tout autre. Une ville passagère et fugitive.
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