Ma pratique est d’ordre sculpturale, elle oscille entre des productions ouvertement brutales, qui entrent en tension avec l’espace sur lequel elles prennent appui et des pièces en apparence plus policées, plus consensuelles. Qu’elles soient de la première catégorie ou de la seconde, elles ont en commun une certaine préméditation, un calcul préalable. Pour exemple, la spontanéité et la violence apparentes des pièces de la série Impacts sont feintes, représentées, et donc anticipées. A ce titre, je revendique un caractère architectural pour l’ensemble du travail que je produis.
Dans un premier temps, j’ai cherché à réaliser des pièces qui contiennent une forte charge énergétique. Pour se faire, j’ai utilisé principalement des matériaux et outils issus du bâtiment et de la construction. Dans le souci de ne pas être expressif, il m’importait d’intenter le moins possible à leur intégrité physique et fonctionnelle. Je cherchais alors à rendre visible les tensions et autres forces mécaniques à l’oeuvre.
En parallèle je me suis intéressé au mobilier. La dimension utilitaire m’a permis de me recentrer sur la substance de l’objet car la production in situ, érigée bien souvent dans mon cas en un principe rigoriste, menaçait alors d’affaiblir mes interventions, de les rendre trop dépendantes vis-à-vis du lieu.
Les travaux dont la finition semble plus aboutie appartiennent à un registre élargi du mobilier. Ils travaillent la frontière entre sculpture et design objet et plus précisément les catégorisations communément admises des objets usuels. De toute évidence, le caractère utile d’un objet ne saurait le classer de manière univoque et irrémédiable dans la catégorie des objets « vils ». Avec ces réalisations, j’ambitionne aujourd’hui de créer des pièces qui ne soient plus nécessairement spectaculaires, qui ne produisent plus seulement l’effet d’une démonstration ou d’un tour de force. Je souhaite atteindre une forme d’évidence, c’est-à-dire que mes créations tâchent à la fois de s’imposer par une présence radicale mais aussi d’être immédiatement lisibles dans toute leur complexité.
Je revendique l’engagement physique de l’auteur comme une manière d’affirmer une singularité artistique. Les repentis et autres défauts sont les témoins discrets d’une charge de travail qui convoque le labeur de l’ouvrier et de l’artisan et se placent ainsi en porte-à-faux vis-à-vis des productions trop subordonnées et réductibles à leur propre image.
Archive pour la catégorie ‘K L M N O’
Aurélien Maillard
Vendredi 22 octobre 2010Julien Lescoeur
Vendredi 22 octobre 2010Dans notre environnement quotidien qu’est la ville, Julien Lescoeur trouve une matière sémantique et plastique à partir de laquelle il construit un univers insoupçonné.
Du milieu urbain, le photographe traque les éléments fantomatiques : la non présence des habitants, l’état des lieux de transit ou des espaces privés rendus déserts aux heures intermédiaires, dans le sommeil de toute activité… l’artiste créé des univers autonomes au pouvoir de suggestion fort et singulier.
La part descriptive que l’on retrouve dans l’approche du photographe laisse entrevoir l’importance du personnage, du lieu ou de l’objet donné à voir, tant l’image se centre et se construit autour de lui. La composition le sert et il sert l’espace – transfiguré par lui. Présence ou non présence, là est l’enjeu.
Cette position du regard confère à ces photographies un caractère dense et une distance empreinte dʼobjectivité, neutre et silencieuse. La lumière y est le révélateur de ces dimensions, de ces possibles que le photographe distingue et rend visibles sans mise en scène.
Dans la singularité de son point de vue, c’est avec une certaine tension que Julien
Lescoeur nous immerge dans l’univers urbain dont il révèle les absences et l’anonymat. Le génie du lieu, certes, mais au-delà de celui-ci, il s’agit ici de la confrontation de l’homme à sa cité. Le choix de ces images et leur sens explorent les conditionnements opérés par la ville sur l’individu ramené à sa factualité la plus générique : de passage et en sursis. Suggérant la possibilité d’une dialectique entre nous, individus anonymes et en transit, et notre environnement, l’artiste fait du support le propos : Aucun visage dans ces photos, sauf le nôtre, reflété par le Diasec. L’artiste se positionne en observateur des pulsations du monde et dès lors c’est dans notre imaginaire que le sens de ces images se développe pleinement.
Notre acuité sur le monde tel que nous le vivons est aiguisée. La déambulation du regard et de l’esprit s’opère. D’abord dans l’image, puis autour d’elle. L’image occupe l’espace, dont elle attire la dimension. La présence de l’objet photographique relève de l’occupation physique des lieux.
Quand le regard plonge dans l’image, il perçoit les successions, les profondeurs et le temps qu’elle contient. Quand il embrasse l’espace autour de l’image, celle-ci s’éloigne pour rayonner et le mettre en lumière par sa présence, son propos et sa
tridimensionnalité. La photographie est présente et concrète. Elle interagit avec l’epsace sur un mode sculptural.
La démarche est totale et passe par son filtre tous les objets qu’elle observe. Ce faisant, elle créé un corpus cohérent aux éléments autonomes qui fonctionnent dans leur unicité dʼobjets photographiques mais qui sʼenrichissent également des échanges et des relations qu’ils instaurent entre eux.
Ayant grandi à Paris et souvent séjourné à New York, c’est à Berlin que Julien Lescoeur a développé son approche de la photographie. L’influence de ces villes n’est pas étrangère au regard qu’il porte sur son élément. Dans son travail se pressentent, certes, des inspirations picturales classiques d’une part et contemporaines allemandes ou américaines d’autre part, mais c’est surtout dans la synthèse d’une culture urbaine revendiquée et d’un regard construit, choisi et individuel que se trouvent les scellements de sa démarche artistique.
Marjorie Deshayes
Jérémy Lecomte
Vendredi 22 octobre 2010
Un panneau publicitaire dans la rue
Allemagne, Paris, Copenhague Espagne New York
la même invitation :
« Israël, partez plus loin que prévu. »
Un abribus.
Un bus.
Au cinéma une réclame
Publicité encore : « Israël, partez plus loin que prévu »
2008. La plage. Tel-Aviv. Le 28 décembre. Grand soleil sur toute la côte. La température extérieure est de 22°C. Celle de l’eau : 18°C.
Sur toute la côte
Image mentale, persistance touristique…
Dit toujours la même chose : trésors cachés, authentique, sacré ; histoire millénaire des prophètes civilisation berceau beau temps plus loin que prévu….
Fascination.
Drapeaux tags touristes
Soleil armée fierté nation
Soleil
Avions
Armés
On est à Tel-Aviv.
Des hôtels grandes tours de verre. Bauhaus marché cafés galeries ;
La plage.
La mer. Des avions.
Bombardement soleil avions gaza la côte
Ashkelon. Roquettes. Ashdod.
Bombardements.
RAS.
Écrans.
Gaza Blessés Morts ruines plage sable côte.
Des avions. Des hélicoptères. Des bombes. La plage la ville la mer :
Il est 14h20.
Des avions ciel bleu soleil
Hélicoptères des nuages des bombes.
Images extraites d’un travail intitulé IS REAL 09, réalisé entre décembre 2008 et Mars 2009 en Israël. L’installation sera montée pour la première fois à l’occasion de l’exposition Jeune Création 2010 au 104.
Gaël Lecerf
Vendredi 22 octobre 2010Vie et mémoire
Une sculpture de Gaël Lecerf est reconnaissable entre plusieurs. Il invente un mode d’expression propre, une grammaire, qu’il fait évoluer progressivement tout en se pliant aux règles qu’elle impose. Il nous faut, à nous spectateur, entrer dans cette grammaire et tâcher de nous familiariser avec ses lois.
Chaque structure doit être capable de signifier une idée en reprenant les formes d’une action humaine ou un geste déterminé. La perception sensible extérieure doit être parfaitement unie à une impression intime. Le choix de ces mouvements a une grande importance, ils font référence à un moment donné de notre histoire qui a eu des répercussions et s’est inscrit de manière presque indélébile au cours du temps. Ce sont des séquences de mouvement qui façonnent notre personnalité, notre identité. Chaque pièce est le témoignage d’un évènement antérieur, évènement unique, que Gaël cherche à faire revivre ou à retenir contre la force du temps. La perception est investie par un sentiment et cette unité donne aux sculptures un caractère très personnel, puisque Gaël part de sa propre existence, mais en même temps ouvre la possibilité pour chacun de faire retour à son expérience propre. Car ce sont toujours des thèmes relatifs à la mémoire elle-même, collective ou singulière, que l’on retrouve dans son travail. Des thèmes relatifs à l’isolement, la lutte, la fragilité humaine, le deuil…
Gaël Lecerf est un artiste qui travaille en atelier et toujours seul. Sa vie d’atelier est un corps à corps constant avec les matériaux. Il y déploie constamment de nouvelles techniques afin de ne pas se sentir limité dans la réalisation et de pouvoir tout contrôler. En cette époque où le savoir faire de l’artiste ne donne plus la mesure de la qualité d’un travail, Gaël réinvestit ce champ d’une dimension nouvelle. Car il est évident que si elle prend place dans son travail, c’est toujours en tant qu’outil. La technique est un moyen au service de l’idée, elle ne saurait être une fin en elle-même, ni prendre la place de cette idée. Pour Gaël, la technicité sert à montrer une idée, nous l’avons dit, mais elle sert aussi à dissimuler le cœur de cette idée, sa sensibilité. Derrière la prouesse technique, il y a la fragilité de son auteur qui veut échapper à tout romantisme, alors même que ses pièces sont éminemment dramatiques et traversées par un sentiment de mélancolie.
Pour comprendre ce paradoxe, il faut se représenter Gaël Lecerf comme un ascète. Il épure ses sculptures et, ce faisant, il les délivre de toute possibilité de les appréhender de manière artificielle, comme un simple agrément. Il va droit à l’essentiel.
Dans son travail, on trouve peu de surfaces, peu de couleurs, des matériaux froids, et cette règle qui traverse ses derniers projets, l’impératif du mouvement. C’est un mouvement déterminé, un déplacement entre deux points fixes, trajectoire répétée à l’infini.
La plupart des sculptures de Gaël sont d’abord immobiles puis un mouvement se déclenche, le déplacement s’opère. Il atteint un second point où il s’arrête de nouveau puis revient à sa position initiale. Si nous ne sommes pas prévenus, en voyant la sculpture se modifier subitement nous sourions, car le mouvement a toujours cet effet de surprise qui permet d’ouvrir une dimension absurde. Nous savons bien que l’absurde cache souvent les sujets les plus tragiques. De fait, la surprise disparaît bien vite et laisse place à une seconde impression. C’est une impression de lourdeur, de sérieux excessif, qui nous fait regretter ce sourire et la légèreté trouvée en arrivant.
Les mécanismes ont justement pour but de faire revivre l’éphémère de l’instant disparu dans le passé. Il donne à vivre tout à la fois, étonnement et regret d’une impression perdue jamais retrouvée. Nous retrouvons la douceur de la mémoire qui préserve la vie du souvenir et l’amertume de la perte et de l’éloignement.
Ainsi, structures, moteurs, machines, ces mots qui pourraient nous apparaître insensibles révèlent en réalité cette scène tragique instaurée par le sourire naissant.
Gaël Lecerf cherche à arrêter le temps, revenir en arrière, ou tout simplement à se donner le temps de vivre l’instant qui échappe sans cesse à nos prises. Paradoxe du sensible, où ce qui existe est aussi ce qui ne cesse de mourir. Les impressions naissantes s’enfoncent dans l’oubli et c’est dans un geste ultime que Gaël essaie de les rattraper avant qu’elles ne s’effacent. Dans le mouvement, c’est le deuil qui se fait jour, la conscience de la disparition. Au cœur même du deuil nous trouvons cependant les signes d’une joie, la joie de donner naissance à une forme nouvelle. Surmonter le deuil par l’espérance de la joie produite par la création est l’effort sans cesse à recommencer qui habite non seulement la vie et le travail de l’artiste mais la vie de tout homme sans exception. Dans l’action même du mécanisme, on retrouve un être animé. Par delà le mouvement sans cesse renouvelé, toujours identique, Gaël Lecerf a trouvé un moyen d’engendrer des formes nouvelles, de rendre fertile le deuil qui nous habite constamment.
Théodora Domenech
Virginie Laurent
Vendredi 22 octobre 2010No Man’s Land
La fermeture du camp de réfugiés de Sangatte en 2002 par le ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy a provoqué la naissance de « mini-Sangatte » . Ces squats sont régulièrement évacués par les autorités qui nient l’existence de ses occupants, pour la plupart des hommes, Kurdes, de 20 à 35 ans fuyant un pays où ils risquent leur vie (Irak, Iran…).
L’Angleterre représente pour eux l’Eldorado, lieu où ils pourront demander asile et travailler. La demande d’asile ne peut se faire que dans un seul pays européen, le voyage doit se dérouler dans la clandestinité jusqu’à l’arrivée.
Cherbourg, ville portuaire qui relie les côtes françaises aux côtes anglaises, est une de ces étapes. C’est dans cette ville que j’ai collecté les traces de passages des clandestins, leurs paroles, avant l’effacement, la disparition et l’oubli.
Yves Koerkel
Vendredi 22 octobre 2010Depuis une dizaine d’années, Yves Koerkel développe un travail de pliage systématique et rigoureux, au tramage toujours identique.
Prolongeant avec virtuosité le savoir-faire des enfants préparant des guirlandes de Noël, il applique sa technique compulsive à différents supports papier, vierges ou imprimés, avec une prédilection marquée pour les affiches publicitaires, obtenues auprès des imprimeurs ou des affichistes, auxquels il fait subir des traitements littéralement défigurants.
Livrés à l’artiste, les visages parfaits se crispent, les paradis terrestres se distordent, le monde idéal exalté par la publicité se noie, se brouille dans les plis et les replis. Le papier mis en forme devient volume et se mue en formes organiques, sculpturales, plus ou moins monumentales qui flottent suspendues dans l’espace. D’autres fois, le côté obsessionnel prend le dessus et Yves Koerkel s’attache à la nature répétitive des images qu’il utilise et envahit l’espace d’innombrables modules similaires qu’il élabore.
Installateur de figures et de choses dont il a entrepris une savante défiguration avec une grande économie de moyen, ses réalisations offrent une expérience singulière de détournement des images qui imprègnent nos quotidiens.
Son univers à la fois drôle et caustique est au cœur des préoccupations actuelles, de la prolifération des images aux paradis artificiels.
Aurélie Mourier
Mardi 20 juillet 2010
(Volume 05981.001., mousse, fil et grille métallique)
Mon travail a pour base la constitution d’un répertoire de toutes les formes existantes ou à venir.
Chacune d’elles est préalablement modélisée dans un logiciel 3D. Ces modèles sont constitués de voxels (pixels à trois dimensions), inscrits dans une matrice cubique de 25 voxels de côté. Chaque modèle classé dans le répertoire est analysé. Des données en sont extraites, elles sont à l’origine de mes réalisations plastiques. Les choix arbitraires et le hasard s’y confondent, nivelés par la mise en boîte.
L’aspect manufacturé des oeuvres fait perdre aux formes leurs côtés lisses et parfaits, basculant du virtuel vers le réel. L’ensemble oscille entre rationalisation du monde et poétisation mathématique.
Mathilde Lavenne
Mardi 20 juillet 2010Jonathan Naas
Mardi 20 juillet 2010
(crédits photos, Véronique Portal)
Jonathan Naas explore les paysages et les cultures de mondes dystopiques fantasmés, dans une esthétique post-apocalyptique née du rock, du mysticisme et des systèmes d’organisation de la réalité. Le recyclage de supports et d’images issus de notre civilisation mêlé à l’utilisation à la fois de techniques classiques et de la seule couleur noire permet d’atteindre une radicalité qui confère aux stéréotypes ainsi re-visités une dimension mythologique proche de la cosmogonie. Les paysages nés de ces clichés s’affirment et se vivent comme un morceau de rock hypnotique, répétitif et puissant, un sludge visuel.
(extrait du texte « Sludge » de Juliette Zeller)
Claire Larfouilloux
Lundi 19 juillet 2010Postures, 2011, Acrylique sur carton plume, dimensions variables.
Claire Larfouilloux mène un travail qui associe dessin, sculpture, vidéo et son.
L’artiste se base sur des principes géométriques, chromatiques et illusoires qu’elle établit en s’interrogeant sur la manière dont le volume peut occuper un espace, par dualité entre matériaux, par rapports de force et d’équilibre.
Elle met en place des variations de rythmes introduisant la notion de mouvement à travers des pièces « chronosculpturales » et chorégraphiques aux paysages fragmentés.
Ses dessins sont pensés en tant que volumes dépliés et mis à plat; généralement les contours du sujet sont découpés. Ce processus de réalisation par découpe est une approche tangible aux sculptures: par plans ou par pliages, le dessin devient alors sculpture fragile.
De même, la création des sculptures en bois ou en plexiglas résulte d’une recherche sur le graphisme, la transparence et la résistance des matériaux.
Dans les vidéos, l’image (plastique ou chorégraphique) et le son (concret ou piano) – sont indissociables car ils forment des « motifs » rythmiques construits sur une même idée de fixité, de rupture et de progression. Par l’évolution de la répétition s’opère la dynamique du mouvement.

Thomas Lévy-Lasne
Samedi 17 juillet 2010Pier Limpens
Lundi 5 juillet 2010Jeune Création en partenariat avec la Mairie du 18e
présentent l’exposition
BECAUSE I LEFT
de Pier Limpens

du 10 juillet au 25 juillet 2010
Vernissage vendredi 9 juillet à partir de 17h
AUTOUR DE BECAUSE I LEFT Exposition de Pier Limpens
Dans le cœur des marmites ou au milieu de la mer, dans le sein des galaxies même, on retrouve des lois, des lois et des lois. Elles peuvent différer, peut-être, selon l’ordre considéré, selon que c’est grand ou misérable, ou si on a de l’imagination plutôt, ou si on en a pas assez, mais enfin il faudra bien que ça légifère, d’une manière ou d’une autre (et si décidément il n’en est pas, on trouvera à force d’acharnement, dans leur absence même, la possibilité de prévoir des récurrences – magie des mathématiques à ce qu’il paraît).
C’est le lot commun des mondes possibles, avérés et autres; un moyen fast-food facile de rompre à bon marché avec l’effroi radicalo-pascalien devant l’immensité que dans chaque atome de notre pauvre corps existe un univers aussi infini que celui qui est à notre mesure et à notre usage, que ce dernier à tous les coups n’est rien qu’un atome de plante verte ou de bocal à poisson dans l’appartement d’un titanesque titan etc, etc. Si de cet emboîtement absurde, invincible et mirobolant, on peut se ramener pépère à un commun, n’importe quel commun, même le plus triste et le moins stimulant, c’est quand même un pas de fait sur le chemin glorieux de la grande aventure cartographique (Pour la République! pour l’Europe! pour le Monde!).
Cependant ce peut être un leurre tout aussi bien, de croire comme ça ouvertement à l’universalité d’un règne des lois, et de se rassurer gentiment par là sur les dimensions hors- proportions de ce qui nous entoure et de ce qui nous constitue. Peut-être y a-t-il un autre moyen. C’est pourquoi un concret pédagogique exemple serait fort le bienvenu.
Dans Paris ville révolutionnaire hum hum, s’érige beaucoup couché ce quartier plus particulier, Pigalle, où l’être humain en habit textile est plongé, devant et derrière les néons, dans un jeu d’équilibre et de tension, boîtes sex-shops boulangerie revues grecs bobinards phone-house bars, qui fera ici office de cas pratique quant à ce à quoi on s’intéresse. Se frottent là, les uns aux autres, et dans le varié hétérogène, des matériaux qui dans le reste de la cité restent méticuleusement séparés, mettant ainsi en œuvre une autre légalité qu’à l’échelle intra-muros entière :
Pendant qu’y en a des qui sont en shorts à fleur avec une peau douce, et que derrière leurs visages sont grosso-modo sises des campagnes de Hollande ou des immeubles British Petroleum à Francfort, y en a des autres, franchement, qui ont des têtes de bagnards avec que des immeubles sixties français dans leur imagination, ou des têtes de marins-conquistadors, herzog-faced de l’économie avec des changements d’identité dans le placard et des histoires récentes de statistique et de chasse à courre, si on peut se permettre. Pis y a les titis.
De cette « mixité sociale » (que d’aucuns dirait vite fait de lisse et de strié), résulte comme dit précédemment une harmonie d’équilibre et de tension dont on ne sait à dire vrai si elle persiste dans l’existence par l’injection de cette petite odeur d’ailleurs, de vacances, de plume et de cartes bleues que le touriste et les S.A. portent avec eux dans ce micmac trublion, parfois un peu plus que trublion, ou si à l’inverse ce bon vieux pittoresque de la diversité qui bouillonne jusqu’à déborder par endroit, qui se coltine en tout cas au Réel de l’appropriation, pouf pouf, n’empêche pas le restant de s’évanouir dans le profond néant de son paradis en couleur. Mystère des causes et des effets, charme des conjonctions…
On a là par conséquent un petit îlot caché derrière des invitations tout en fraîcheur d’amours décaties (et qui tourbillonnent dans tous les sens vous avez vu), îlot qui ne s’échappe pas malgré l’envie qu’il en ait, où le risque, la dégradation et l’accident sont en puissance parmi la joliesse, prêts à survenir ou contenus par vitrines, gravité, que sais-je ?, et où l’harmonie ne se nourrit certainement pas des illusions de l’homogénéité, mais de celles de la saine émulation d’ascension banquière ou autre, et d’apparat, de ruche, avec les dangers que ça comporte. On ne peut pas retrouver, nulle part ailleurs parfaitement !, un fonctionnement idem, qui est à part presqu’intégralement, et qui réunit pourtant en fait la plupart des conditions nécessaires à une contemplation bancale de l’Être du Monde.
Cela dans des proportions humaines et dans un genre de civilité de l’effroi qui est un propre de la politesse et de l’égard pour son contemporain, parfaitement !
Mathieu Quaillet
6 villa Guelma 75018 Paris – métro Pigalle
mercredi jeudi vendredi 11 – 17h mardi 13 – 21h samedi 14 – 18h
01 42 54 76 36 – info@jeunecreation.org
Noé Nadaud
Vendredi 18 juin 2010Jeune Création en partenariat avec la Mairie du 18e présentent l'exposition "LOKOMOTIV" de Noé Nadaud du 19 juin au 3 juillet 2010 *FINISSAGE samedi 3 juillet à partir de 14h6 villa Guelma 75018 Paris – métro Pigalle mercredi jeudi vendredi 11–17h, mardi 13–21h, samedi 14–18h 01 42 54 76 36 – info@jeunecreation.org // jeunecreation.org /////////////////////////////////////////////////
On pourrait dire de Noé Nadaud qu’il s’est rangé des trains… Taggueur pur et dur, il a longtemps opéré sur la scène graffiti parisienne, larguant ses bombes de peinture sur les wagons de la RATP et autres palissades bétonnées. Empreint d’une certaine violence, tant morale que physique, le background de l’artiste puise ses influences chez l’actionniste viennois Gunter Brus, dans les hérésies picturales d’un Jerôme Bosch, la B.D provocante de Robert Crumb ou les collages frénétiques du collectif Bazooka.
Prônant — encore et toujours — un vandalisme assumé, acéré, il a joué, jusqu’au bout, le jeu (dangereux) d’un art en marge, aujourd’hui récupéré de tous les côtés par l’institution et le marché. Croyant fermement aux valeurs et aux principes d’une pratique artistique fondamentalement ancrée dans la rue et l’illégalité, il refuse, en revanche, de se prêter au jeu devenu commun d’un graffiti sage et encadré, parfois même au sens propre.
C’est sous la forme de dessins grand format qu’il délivre à présent ses « messages » et décrit des paysages urbains à l’allure apocalyptique. Images d’un monde qui part à la dérive, flottant sur une mer sombre. Babel n’est pas loin… Les couleurs bigarrées de ses tags ont laissé place au noir et blanc. Mais les trains sont toujours bel et bien là, taggés bien sûr. Rails, dédales de rues, pistes, tours, bidonvilles, carambolages, etc. Ponctuées d’accidents en tout genre, les lignes de conduite, et de fuite, s’emmêlent les crayons et dessinent des terrains de vie dont la rumeur sourde perce à travers ce qui est donné à voir et à lire. Fourmillant de détails, les compositions de Noé Nadaud se nourrissent du réel pour basculer vers un monde de fictions à plusieurs têtes.
Autrefois jetées fugacement sur les supports que lui offrait la ville, les formes se tissent désormais dans un temps beaucoup plus long. Un travail de construction qui va jusqu’à la fabrication en volume d’éléments extraits de ses dessins, avec lesquels ils dialoguent. En outre, photographies et vidéos issues de ses voyages constituent un pendant plus réaliste, documentaire, à ce travail onirique qui s’en abreuve copieusement. Au gré de ses errances périphériques et de ses aventures personnelles, Noé Nadaud bâtit, lentement mais sûrement, un univers plastique qui s’inspire de la réalité pour mieux s’en affranchir.
Anne-Lou Vicente
(extrait du catalogue de la dernière édition du Salon de Montrouge)
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Exposition coordonnée par le comité "Jeune Création"
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Yves Koerkel
Lundi 28 décembre 2009
Yves Koerkel
du 5 au 15 Janvier 2010
vernissage le Mardi 5 Janvier à 18h30
Mes sculptures, qui rappellent la préhistoire de la modélisation informatique, sont constituées d’affiches publicitaires pliées selon un diagramme toujours identique.
C’est une matière première que je récupère chez les imprimeurs sous la forme de macule, ou chez les affichistes, après le temps dévolu à une campagne. Il m’est arrivé de me servir dans la rue ou d’en faire éditer, si nécessaire.
Les affiches que j’utilise comportent toujours des portraits qui modelés, peuvent évoquer des objets anthropomorphes, des idées, des références à l’histoire de l’art ou de l’architecture, les différents règnes, notre époque.
Les humains ont toujours eu dans le temps et l’espace l’habitude de se représenter, de se reconnaître comme faisant partie d’une même famille, communauté, tribu, espèce. J’essaie de rendre compte de cette manie en extrayant quelques images du flot qui imprègne nos quotidiens, nos cultures.
Ces images sont sans cesse remplacées par d’autres dans un flux apparemment permanent et inépuisable. Elles sont issues de l’histoire de l’art et de la représentation humaine. J’essaie de rendre compte de cette époque très particulière où nous vivons, de la facilité de production et de reproduction des images, de leurs supports et de leurs diffusions.
Je produis également des volumes blancs. Au Musée de la tapisserie d’Aubusson, j’avais fabriqué deux tunnels blancs aux motifs géométriques en relief, qui, sous un éclairage étudié, produisaient une infinité de nuance de gris, et contrastaient ainsi avec les tapisseries de scènes de chasse médiévales colorées de l’exposition permanente.
Mon désir était de parler de modes de représentation et du mode de production de ces représentations ; c’est-à-dire, en mettant en relation le tramage et la linéarité de tissu constituant les tapisseries avec celle du papier blanc utilisé pour les tunnels, et de questionner la facture même du support des icônes : un tramage qui fait écran.
La longueur du tunnel est potentiellement infinie, comme les formes qu’il peut générer. Les Laddhakis ont une dizaine de mots pour désigner les nuances du gris toujours changeant de leurs falaises, les Inuits plusieurs mots pour désigner la qualité et la densité de leur flocon de neige ; Le tunnel appartient à cette catégorie d’objets dont l’observation nous rappelle que l’œil humain peut percevoir des dizaines de milliers de nuances de couleurs.
- Yves Koerkel
du 5 au 15 Janvier 2010
vernissage le Mardi 5 Janvier à 18h30
http://yveskoerkel.blogspot.com/
Galerie Jeune Création
- 6 Villa Guelma – 75018 (M° Pigalle)
mardi de 13h à 21h
mercredi, jeudi, vendredi de 11h à 17h
samedi de 14h à 18h et sur RDV au 01 42 54 76 36
Benjamin Nuel
Mercredi 5 août 2009« Construit sur l’idée du FPS, First Person Shooter, L’Hôtel est un jeu vidéo où toutes les armes ont cédé la place à une lourde absence d’hostilité. En observateur écarté, le joueur découvre alors les protagonistes de cette expérience vidéo ludique, aux occupations insolites. Un terroriste joue de l’ukulélé, plus loin un autre dessine l’espace à la fumée de sa cigarette. Dans un salon aux bruits sourds de la cheminée, derrière une porte vitrée trois terroristes jouent aux cartes. Une musique accompagne constante, cette étrange flânerie. En gardant son regard ironique et en cohérence avec ses vidéos précédentes, Benjamin Nuel nous amène avec l’Hôtel au sein d’une situation rocambolesque: des terroristes terrorisés par l’ennui. Le joueur assiste impassible à leurs conversations, il découvre leurs gestes non nuisibles, il dévoile aisément leurs stratégies cachées. Des héros démunis de tous leurs moyens et en attente d’un conflit inexistant. Simplement, des héros: humains trop humains ! Par ellipse, au sein de l’Hôtel on découvre un gameplay utopique où l’espace s’oublie à fur et à mesure et le temps semble omis […].
Dans le jeu l’Hôtel le bug informatique déclenche chez le gamer l’envie de déambulations inattendues. L’exploration au sein de la matrice permet alors de s’extraire du monde, de sortir du code, d’appréhender la beauté de la matrice. Dans l’instance qui permet d’apercevoir le VOID, la noirceur plus profonde de l’infini informatique, le joueur est abandonné à lui même et à la fois voyeur d’un instant freeze frame qui lui révèle l’invraisemblable fin : GAME OVER ! »
Margherita Balzerani, curateur.
- “l’Hôtel” est une production du Fresnoy, Studio national des arts contemporains
- »Hôtel : Episode 1″. Réalisé avec le soutien de la DRAC Île de France – aide individuelle à la création 2009, avec la participation du ministère de la culture et de la communication – Dicréam.
www.benjaminnuel.com






































