Jeune Création en partenariat avec la Mairie du 18e
présentent l’exposition
BECAUSE I LEFT
de Pier Limpens

du 10 juillet au 25 juillet 2010
Vernissage vendredi 9 juillet à partir de 17h
AUTOUR DE BECAUSE I LEFT Exposition de Pier Limpens
Dans le cœur des marmites ou au milieu de la mer, dans le sein des galaxies même, on retrouve des lois, des lois et des lois. Elles peuvent différer, peut-être, selon l’ordre considéré, selon que c’est grand ou misérable, ou si on a de l’imagination plutôt, ou si on en a pas assez, mais enfin il faudra bien que ça légifère, d’une manière ou d’une autre (et si décidément il n’en est pas, on trouvera à force d’acharnement, dans leur absence même, la possibilité de prévoir des récurrences – magie des mathématiques à ce qu’il paraît).
C’est le lot commun des mondes possibles, avérés et autres; un moyen fast-food facile de rompre à bon marché avec l’effroi radicalo-pascalien devant l’immensité que dans chaque atome de notre pauvre corps existe un univers aussi infini que celui qui est à notre mesure et à notre usage, que ce dernier à tous les coups n’est rien qu’un atome de plante verte ou de bocal à poisson dans l’appartement d’un titanesque titan etc, etc. Si de cet emboîtement absurde, invincible et mirobolant, on peut se ramener pépère à un commun, n’importe quel commun, même le plus triste et le moins stimulant, c’est quand même un pas de fait sur le chemin glorieux de la grande aventure cartographique (Pour la République! pour l’Europe! pour le Monde!).
Cependant ce peut être un leurre tout aussi bien, de croire comme ça ouvertement à l’universalité d’un règne des lois, et de se rassurer gentiment par là sur les dimensions hors- proportions de ce qui nous entoure et de ce qui nous constitue. Peut-être y a-t-il un autre moyen. C’est pourquoi un concret pédagogique exemple serait fort le bienvenu.
Dans Paris ville révolutionnaire hum hum, s’érige beaucoup couché ce quartier plus particulier, Pigalle, où l’être humain en habit textile est plongé, devant et derrière les néons, dans un jeu d’équilibre et de tension, boîtes sex-shops boulangerie revues grecs bobinards phone-house bars, qui fera ici office de cas pratique quant à ce à quoi on s’intéresse. Se frottent là, les uns aux autres, et dans le varié hétérogène, des matériaux qui dans le reste de la cité restent méticuleusement séparés, mettant ainsi en œuvre une autre légalité qu’à l’échelle intra-muros entière :
Pendant qu’y en a des qui sont en shorts à fleur avec une peau douce, et que derrière leurs visages sont grosso-modo sises des campagnes de Hollande ou des immeubles British Petroleum à Francfort, y en a des autres, franchement, qui ont des têtes de bagnards avec que des immeubles sixties français dans leur imagination, ou des têtes de marins-conquistadors, herzog-faced de l’économie avec des changements d’identité dans le placard et des histoires récentes de statistique et de chasse à courre, si on peut se permettre. Pis y a les titis.
De cette « mixité sociale » (que d’aucuns dirait vite fait de lisse et de strié), résulte comme dit précédemment une harmonie d’équilibre et de tension dont on ne sait à dire vrai si elle persiste dans l’existence par l’injection de cette petite odeur d’ailleurs, de vacances, de plume et de cartes bleues que le touriste et les S.A. portent avec eux dans ce micmac trublion, parfois un peu plus que trublion, ou si à l’inverse ce bon vieux pittoresque de la diversité qui bouillonne jusqu’à déborder par endroit, qui se coltine en tout cas au Réel de l’appropriation, pouf pouf, n’empêche pas le restant de s’évanouir dans le profond néant de son paradis en couleur. Mystère des causes et des effets, charme des conjonctions…
On a là par conséquent un petit îlot caché derrière des invitations tout en fraîcheur d’amours décaties (et qui tourbillonnent dans tous les sens vous avez vu), îlot qui ne s’échappe pas malgré l’envie qu’il en ait, où le risque, la dégradation et l’accident sont en puissance parmi la joliesse, prêts à survenir ou contenus par vitrines, gravité, que sais-je ?, et où l’harmonie ne se nourrit certainement pas des illusions de l’homogénéité, mais de celles de la saine émulation d’ascension banquière ou autre, et d’apparat, de ruche, avec les dangers que ça comporte. On ne peut pas retrouver, nulle part ailleurs parfaitement !, un fonctionnement idem, qui est à part presqu’intégralement, et qui réunit pourtant en fait la plupart des conditions nécessaires à une contemplation bancale de l’Être du Monde.
Cela dans des proportions humaines et dans un genre de civilité de l’effroi qui est un propre de la politesse et de l’égard pour son contemporain, parfaitement !
Mathieu Quaillet


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