Christophe Herreros est cinéaste. Il réalise des courts métrages qui sont projetés en boucle. Ses films sont intrigants. Il ne se passe rien, et puis soudain le mouvement de la caméra s’accélère ou s’élève et on voit surgir toute une foule de personnes dont on ne soupçonnait pas la présence, avant de revenir au lent panoramique d’une forêt ; ou bien un groupe d’individus se tient autour d’une voiture avant qu’elle ne démarre pour disparaître à l’horizon. Je vous décris ce que ma mémoire a retenu, en plus d’une impression d’ambiance assez proche du « middle-west » qui sert de cadre à l’avion de la Mort aux trousses. Christophe Herreros sait jouer des références sans qu’elles soient explicites. Dans ses films, à la première vision, la surprise survient souvent du hors-champ, de ce que certains appelleraient le hors-d’œuvre. L’essentiel semble être au-delà de l’image comme la vérité est ailleurs. Ainsi les images et mouvements de caméra semblent être les indices d’une énigme qui ne serait pas à résoudre. Certaines de ces séquences apparaissent comme des premières prises, voir comme les chutes de pellicules d’un long métrage que nous ne verrons pas. L’imaginaire du regardeur est ainsi sollicité. C’est toute la vertu poétique de l’ellipse. Le spectateur peut ainsi se satisfaire d’apprécier la qualité de l’image et du plan, en s’intéressant au déplacement d’une figure dans un paysage. L’ambigüité de ce travail est le savoir-faire technique dont il témoigne, savoir-faire qui peut permettre à Christophe Herreros de tenter l’amorce d’une narration. Il ne fait que l’effleurer, car au moment où l’histoire pourrait commencer, la séquence s’arrête pour reprendre à son début. Ainsi le mouvement de la caméra, le plan qui en est issu, s’identifie à l’essence même du récit. En effet, à partir de l’instant où la répétition intervient, ces séquences entrainent le spectateur vers une autre vision, celle d’une substance cinématographique qui devient elle-même son propre sujet, son propre récit, à la façon dont la vue d’un train pénétrant dans la gare de la Ciotat contenait déjà toute l’histoire du cinéma à venir.
Marc Desgrandchamps
































































