Archive pour la catégorie ‘F G H I J’

Michaël Jourdet

Mercredi 3 août 2011

Nu féminin en 64 toiles monochromes quadrilatères noires, 2008, Acrylique sur toile, 394×327 cm.

 

Jourdet se dit hanté par Malevitch, qu’il copie, dérive et détourne avec un humour parfois grinçant, tirant tantôt vers Alphonse Allais, tantôt vers Duchamp, ainsi un «monochrome inédit», toile peinte dans l’obscurité et enfermée dans un caisson en bois, que nul n’a vue, ni l’artiste, ni le spectateur. On pense à  bruit secret ; d’autres ont joué sur cette invisibilité avec la pellicule photographique, l’image qui se détruit quand on la regarde (comme les fresques du tombeau d’un pharaon, détruites dans les heures qui suivirent leur découverte) : qu’adviendra-t-il si on ouvre ce caisson ? Au mur, Michaël Jourdet a disposé une série de petits tableaux noirs rectangulaires, selon un ordre mystérieux. Mais si l’oeil nu ne voit rien, c’est à travers le viseur de l’appareil photo que ‘l’œil habillé’ découvre une femme nue agenouillée devant un objet; je l’imagine japonaise, geisha préparant le thé (Nu féminin). Qui sait ? Ce n’est plus que l’empreinte d’un corps, que sa quintessence, sa déclinaison en standards basiques; je pense à Julian Opie, par exemple, dont les stripteaseuses décomposées en formes essentielles sont pour moi d’un érotisme absolu, car rien n’y distrait plus de l’acte même, la forme s’ y est dissoute. On est loin du suprématisme dans l’esprit, sinon dans la forme, en tout cas c’en est une joyeuse revisite ».

Marc Lenot, (http://lunettesrouges.blog.lemonde.fr), juin 2009

 

michaeljourdet.com

Eléonore Josso

Mercredi 3 août 2011

Envol, 2010, Acrylique sur toile, 130×97 cm.

 

Le noir et le blanc sont les couleurs qui résument et « consomment » toutes les autres. Par cette dualité noir / blanc, Eléonore Josso tente d’atteindre une harmonie au sein de ces contrastes. Identifions la couleur noire, qui se fond dans le blanc, comme le visible qui se réfugie dans l’invisible, de même le blanc, qui devient noir, se révèle.

C’est ainsi que l’invisible se matérialise et devient matière.

A partir de photos ou de croquis prélevés de son quotidien, qui sont des aides mémoires lui permettant de prendre note d’une atmosphère particulière, d’une situation vécue, d’une émotion ressentie. Ensuite, en utilisant l’huile ou l’acrylique, elle crée un espace entre abstraction et figuration, où habituellement il n’y a aucune trace de présence humaine.

Eléonore s’emploie ensuite à construire et déconstruire l’image, la travailler en peinture jusqu’à ce qu’elle existe dans sa totalité.

 

eleonorejosso.carbonmade.com

 

Kristina Irobalieva

Mercredi 3 août 2011

Le monument fragmenté I, 2011, huile & acrylique sur toile, 160×150 cm.

 

www.kristinairobalieva.com


Claudia Imbert

Mercredi 3 août 2011

 

Après avoir travaillé dix ans dans le cinéma en tant qu’assistante opératrice, puis opératrice, Claudia Imbert développe aujourd’hui une démarche artistique qui se situe entre photographie et film, entre image fixe et image en mouvement. Son expérience dans le cinéma se ressent largement dans son œuvre, notamment à travers le travail de mise en scène qu’elle opère. Pour l’artiste, le passage par l’artifice est un moyen de saisir l’instant juste.

www.claudiaimbert.com

 

Marylise Humbert

Mercredi 3 août 2011

Légionnaire un jour Légionnaire toujours, 2010, photographie contrecollée sur aluminium, 50×33 cm.

 

Légionnaire un jour Légionnaire toujours

J’ai rencontré il y a quelques mois, Antoine et Murat, deux hommes qui ont servi au sein de la Légion Étrangère Française dans les années 90. Antoine et Murat n’ont pas combattu ensemble. Murat était engagé dans le régiment étranger parachutiste sur le continent Africain ; Antoine lui, était dans le régiment étranger génie civil en Europe de l’Est.

À leur retour dans la vie civile, Antoine et Murat se rencontrent grâce à une association d’anciens légionnaires. Aujourd’hui, ils travaillent en binôme et sont chargés de la maintenance et de la sécurité d’un centre culturel à Cluses en Haute Savoie.

L’évocation de leur passé de « Képi Blanc » a immédiatement suscité ma curiosité réveillant cet imaginaire collectif associé aux mystères et aux clichés sanguinaires de la Légion. J’ai eu envie d’aller au-delà des stéréotypes que ce corps d’armée véhicule en découvrant le passé riche et le présent simple de ces deux personnages.

Durant dix mois, ils m’ont ouvert la porte de «leur vie d’après…». Je les ai suivis dans leur vie quotidienne en m’intéressant à leur réintégration dans le civil et à ce lien particulier qui les unissent; une compréhension mutuelle, naturelle.

«Légionnaire un jour, Légionnaire toujours» est une maxime tirée du code d’honneur du Légionnaire. Cette phrase, ils la prononcent très souvent car elle symbolise parfaitement cette période de vie passée indissociable de leur personne et de leur présent.

 

www.marylisehumbert.com

Margret Hoppe

Mercredi 3 août 2011

Bulgarian Monuments, 2008, c-prints, 72×90 cm.

 

La Bulgarie est un exemple d’ancien pays communiste ou l’on peut trouver de nombreux monuments historiques représentant l’idéologie du pouvoir communiste. Après la chute du mur en 1989, le caractère de ces monuments changea. Ils furent détruits ou laissés à l’abandon, ce qui altera inévitablement leur apparence. A travers mes photos, je montre leurs différents stades de variations, et donc questionne leurs valeurs.

 

www.margrethoppe.com

Romaric Hardy

Mercredi 3 août 2011

Roulade dans une mare d’eau, 2011, Vidéo, 20 secondes, en boucle.

 

L’Anachorète farceur

 »L’art est la recherche de l’inutile ; il est dans la spéculation ce qu’est l’héroïsme dans la morale. » Gustave Flaubert

Romaric Hardy est un ermite. Non pas qu’il se soit retiré du monde et des hommes pour se livrer à d’audacieuses méditations. Non, ce choix de la solitude est une évidence, il lui permet avant tout de profiter du temps, d’en contrôler l’écoulement, de vivre à son rythme, sans autres contraintes que celles qu’il se fixe. Ses errances quotidiennes, ponctuées de lectures ou d’activités physiques, sont avant tout le laboratoire quotidien de Romaric Hardy, où tel Bouvard et Pécuchet, il se soumet au bon vouloir de cette poésie monotone de la découverte et de l’observation, pour mieux en saisir les moments et les situations (qu’il provoque parfois), comme autant de décors potentiels à la réalisation d’œuvres de formes diverses. Là, un jaune d’œuf maintenu sur le mur à l’aide d’un clou, ou bien une pastèque lâchée au-dessus d’une lame de couteau posée sur un socle ; ici une série de photographies aux cadrages aléatoires tentant de saisir l’instant ou un chat disparaît de nuit sous une voiture, ou bien encore cette courte vidéo le mettant en scène dans une épiphanie de roulades dans une flaque de boue. Bien entendu, l’importance de l’équilibre et l’absurdité gratuite du geste sautent tout de suite aux yeux. Car il est ici question de la fragilité, des matériaux bien sûr, mais aussi des situations, de ce jeu équilibre/déséquilibre qui transforme l’exploit en échec, la maîtrise millimétrée en fiasco total. Pourtant, bien loin de se satisfaire de l’habile prouesse, Romaric Hardy préfère montrer l’inutilité, l’absurdité et le non-sens grotesque de ces vanités. De plus il n’hésite pas à se mettre lui-même en scène, exécutant d’inutiles acrobaties, jouant avec le décor comme aurait pu le faire Buster Keaton ou les Monty Pythons, dans un jeu de posture et d’imposture. L’espiègle cabinet de curiosités qu’il construit lentement est une collection d’objets, de souvenirs et de traces de ses actions passées.

Qu’il soit sculpteur, performeur, vidéaste ou photographe, Romaric Hardy met en scène l’acharnement de la conquête de l’inutile, dont l’issue n’est que l’autosatisfaction. Qui n’a jamais fait de châteaux de cartes ? Qui n’a jamais fait d’alignement de dominos, maintenus

en équilibre dans le seul but de s’écrouler les uns sur les autres ? Qui ne s’est jamais essayé au ricochet ? Actes gratuits ? Pas si sûr, puisque nous éprouvons tous une certaine fierté dans la réussite de ces entreprises, et c’est sur ce terrain justement que s’exprime Romaric Hardy.

L’errance et l’ennui comme prétextes aux défis, aussi inutiles qu’ils soient comme actes artistiques. Cette attitude anti-spectaculaire n’ayant bien sûr que pour unique but de nous confronter à nous-mêmes, non pas pour dénoncer les travers de nos occupations mais plutôt pour en rire avec poésie et légèreté. D’ordinaire, l’occupation futile est illégitime, regardée avec dédain comme pour mieux la circonscrire en pathologie de la perte de temps.

Pourtant, ce que nous fait partager Romaric Hardy, c’est la possible liberté gratuite et universelle qui réside dans la flânerie.

Pierre Malachin

 

http://romaric.hardy.free.fr

 

Lesley Guy

Mercredi 3 août 2011

Lord Davidson, 2009, Ink on newspaper, 29×37 cm.

 

The recent project ‘Obituaries’ came from an attempt to use found, and random images as a strategy for image making. My original concern was with exploring ideas of loss by collecting, and archiving the obituary pages from the newspaper. I was fascinated with the way that those who were recently deceased had become transformed into images of paper and ink, their lives reduced to a few paragraphs. The project was compulsive but the strategy gradually evolved into exploring the surface of the photographic images; within the process is a struggle between contingency and control. Here I use drawing as a tool for thinking and exploring; I enjoy solving the problems of surface, picture plane, illusion and form.

www.lesleyguy.com

 

Harold Guérin

Mercredi 3 août 2011

Sous la route, sculpture-action-vidéo, jante de voiture, racines, terre, roche.

 

www.haroldguerin.com

Anna Geneste

Mercredi 3 août 2011

Persistance rétinienne, dessins, projection vidéo, 6m².

 

Carrefour de la ligne et de la surface, mouvement fixe, confrontation de l’image fixe et de l’image en mouvement, le dessin se voit devenir trace, ou anticipation du passage de la vidéo. Ils sont une empreinte de la vidéo construits par superpositions aléatoires d’arrêts sur image , ainsi se superposent cinq/six images dans un dessin. Croisement de deux appréhensions de l’espace, l’une linéaire l’autre par strates, qui sont aussi deux représentations du temps l’une compressée sur une image, l’autre qui s’étale sur une surface. L’instant de rencontre donne au dessin une couleur et une texture, la vidéo se trouve soulignée, découpée, par le dessin très contrasté ,carrefour de la ligne et de la surface.

 

 

Régis Feugère

Mercredi 3 août 2011

Entropie, Série de 4 images, impression jet d’encre, 100×120 cm.


Ecran Total

Les photographies de Régis Feugère s’attachent à présenter un objet sous un angle ou dans une disposition telle qu’il s’y trouve dissimulé voir quasi-invisible.

Des perturbations et des parasites de toutes sortes s’invitent dans le cadre de l’image, contre carrant le sujet originel de la photographie, le renvoyant ainsi à l’arrière plan.

Au final, ce n’est pas tant un objet ou un motif particulier qui cherche ici à être représenté, mais plutôt une situation qui cultive une entrave constante de la représentation.

Régis Feugère  revisite ainsi plusieurs thèmes classiques liés à la photographie mais en contrariant à chaque fois son sujet, en le prenant à revers des procédures normalisées (une série de portrait de dos, des paysages entièrement bouchés par des panneaux publicitaires…).

Cette volonté de contrarier la représentation aboutie, dans les dernières séries photographiques, à un envahissement du cadre qui prive l’image de toute profondeur de champs.

La fenêtre photographique s’ouvre systématiquement sur un obstacle imposant, un mur qui empêche tout point de fuite possible. Les limites traditionnelles du cadrage sont augmentées par une nouvelle frontière qui s’installe dans la profondeur de l’image. La perspective ne s’aventure jamais bien loin et le spectateur comprend rapidement qu’il s’est engagé dans un cul de sac visuel.

 


Guillemette m.

Vendredi 22 octobre 2010

« Have mountains, and waves, and skies, no significance but what we consciously give them, when we employ them as emblems of our thoughts? The world is emblematic. Parts of speech are metaphors, because the whole of nature is a metaphor of the human mind. The laws of moral nature answer to those of matter as face to face in a glass. ‘The visible world and the relation of its parts, is the dial plate of the invisible.’  »
Ralph Waldo Emerson, Nature, 1836

Une lecture post-moderne de la philosophie transcendantaliste américaine et l’observation des perceptions nouvelles et transformations de l’homme sur la Nature, ont inspiré ma démarche photographique autour d’une réinvention de l’harmonie entre l’être humain et son espace empathique.
Chaque rencontre est une expérience visuelle singulière et intense dont la captation photographique associe la singularité de l’être et de son élément tout en révélant la fusion des existences. Un portrait définit une autre réalité. Il est un compromis entre un espace physique et un espace mental et s’inscrit dans l’affirmation du soi et de l’individualité.
En étroite relation avec la peinture, le paysage est un point d’ancrage vers le poétique, enveloppe celui qui l’habite et dessine les contours d’une rêverie sauvage.
Le portrait est ici montré comme une forme d’hapax existentiel. Il cristallise une rencontre étrange entre un visage et l’esquisse d’un paysage intérieur. Ainsi, cette série se nomme-t-elle ‘Mindscapes’, fusion du mot ‘Mind’ (esprit) et du mot ‘Landscape’ (paysage), que seule la langue anglaise a réussi à assimiler en une seule notion.
www.guillemettem.com

Nicolas Juillard

Vendredi 22 octobre 2010

Extraits du compte rendu du Nagazi-Spectrums-Shearsh-Group après l’approche à l’aveugle du Paysage Audiovisuel Français, à la Cité Internationale Universitaire de Paris en novembre 2007, sur une invitation du collectif Glassbox:

Comme en témoigne l’extrait vidéo de la première retransmission, la météo n’était pas particulièrement bonne ce 10 novembre 2007, un temps d’automne typique en France. Le facteur vent étant insuffisant, l’éolienne n’a quasiment pas fourni d’énergie, les captations étaient donc essentiellement le produit de l’ensoleillement du jour. Nous avons réalisé 90 minutes de vidéo afin de rendre compte de ce « non-événement » médiatique mais l’archivage n’est absolument pas au centre de nos préoccupations : Music For Masses #2 s’éprouve en direct, nous voulions produire de « l’ambient music » ou de la météorologie médiatique au sens littéral…

De la pluie et du beau temps
D’ailleurs ce dispositif fonctionne au « premier degré » : en tant que météo-dépressifs, nous pensons que le P.A.F., au même titre que tout paysage, est soumis aux aléas météorologiques. La consommation télévisuelle d’un lieu va, par exemple, augmenter proportionnellement à sa pluviométrie ; un orage, quant à lui, conditionnera un arrêt de l’appareil de réception. Les nombreuses incidences de la pluie et du beau temps sur nos comportements d’auditeurs et/ou de téléspectateurs pourraient être ici énumérées et recensées, mais cela ne relève pas des attributions du Nagazi-Spectrums-Search-Group. C’est néanmoins ce type de constatation essentiel qui nous a amené à placer « la météorologie » référent touristique et facteur de sociabilité universel, au centre de notre dispositif expérimental d’observation de la sphère médiatique. Autres spéculations capitales qui illustrent l’influence des phénomènes atmosphériques sur notre société, les lois de proximité journalistique, et plus particulièrement celle du « Mort-kilomètre » que nous synthétiserons librement comme suit : la prévision d’intempéries dans notre région devient plus importante que l’accident sur la route des vacances qui se déroule à 200 km, et que le génocide à 2000. Cette déontologie lucide qui érige la mitoyenneté géographique et/ou culturelle au rang d’étalon principal de notre conscience du monde, dicte actuellement la conduite de la quasi totalité des médias. Il nous est donc apparu fondamental de rendre un modeste et absurde hommage sculptural à ce principe de hiérarchisation de l’information. C’est donc par tautologie plastique que notre instrument de mesure favorise une étude globalisante et approximative de la forme neutralisée médiatique et que nos diffusions se  restreignent au voisinage immédiat. N’étant ni des professionnels, ni des analystes de renom de la médiatisation, nous assumons parfaitement cette position de néophytes ou, c’est selon, de touristes du P.A.F., nous irons même plus avant en nous intronisant éboueurs-dilettantes de l’environnement médiatique.

De l’écologie médiatique
À défaut d’être « libre », Music For Masses #2 est une radio-balai, qui recycle, compile, et réordonne chaotiquement les transmissions radiophoniques. Si la machine entraîne une mise en abîme aléatoire de ces émissions, elle n’y ajoute strictement rien. Perroquet des ondes, elle n’est que le révélateur de ce qui nous est donné à entendre quotidiennement. Il s’agit d’un système de tri sélectif arbitraire par « le temps qu’il fait » de l’entertainment diffusé à la population. Le dispositif recompose ainsi, à notre place, une partie de la masse d’informations que nous devons habituellement gérer seul : pourquoi et comment organiser de manière cohérente une corbeille audiovisuelle contenant des interférences, un calembour de Philippe Bouvard, une chanson de la Nouvelle Star, le résultat de Lyon-Bordeaux et l’annonce de la crise financière…? MFM#2 va fournir une classification automatisée et écologique de tels éléments : c’est à dire qu’elle va structurer selon une logique environnementale instantanée, le phénomène de désinformation (inhérent à la surproduction de données pour preuve ce texte) et le synthétiser en un objet sonore que nous pourrions qualifier de « compost médiatique ». Certes, ce média-terreau offre une vision fragmentaire incomplète et compressée du panorama étudié, mais il propose une alternative « statistique » à des systèmes de mesure subjectifs. À l’image de la quasi totalité des productions médiatiques de notre société, ce fumier hertzien obéit à des critères quantitatifs et non qualitatifs. L’objet d’un tel dispositif étant d’obtenir une « radiographie », un cliché sonore du P.A.F. le plus objectif possible, afin de trouver des solutions de retraitement des « infos usées » ; leur recensement historique actuellement proposé comme méthode unique nous apparaissant pédagogiquement aussi utile qu’un herbier pour la gestion des déchets nucléaires.

Du facteur X
Le N.S.S.G désirait également réactiver un geste expérimental primitif que la grande majorité de notre génération, née entre 1960 et 1981, a pratiqué sans doute de 3 à 6 ans « le free radio-tunning ». Cette expérience, ébauche enfantine du « turntablism » consiste à prendre un transistor quelconque et à en moduler aléatoirement les fréquences. Le sujet passera ainsi manuellement d’une station à l’autre jusqu’à la fameuse « radio-martien » de fin de bande, créant ainsi, par un mouvement de va-et-vient, son premier mixage électronique improvisé.
Pour expliquer les intentions liées à cette attitude résolument «électronique», qui n’a toujours pas fait, à notre connaissance, l’objet d’études approfondies, nous formulerons deux hypothèses : cet acte conduirait à échapper, de manière ludique, aux conventions académiques d’un langage utilitariste et dépersonnalisé. Il pourrait également s’agir d’une démarche intuitive de communication avec d’autres espèces que l’homme. Générateur autonome de « chants-dada-médiatiques », MFM#2 s’inscrit donc dans cette tradition de relativisme ethnocentrique par l’irrationnel.
Autre référence à cette génération qualifiée de X, le titre même de la pièce et l’analogie formelle entre le dispositif et une pochette d’un album homonyme de Dépêche Mode. Non, que le collectif ait décidé de rendre hommage à la production musicale de ce groupe, mais nous nous devions d’assumer le premier phénomène de réminiscence visuelle dont nous avons été victime. C’est en 2002 au Québec, lors des premiers tests publics du prototype, qu’un observateur, épais mélomane, nous a fait redécouvrir la jaquette que nous connaissions effectivement mais que nous avions oublié. Le projet s’appelait alors « F.M.AIR ». Cinq années plus tard, lors de l’élaboration de la version définitive, nous réalisâmes qu’il était impossible pour des raisons de politesse élémentaire et de sérieux scientifique de l’affubler d’un #2. Nous avons alors opté pour ce nom légèrement modifié, qui faisait par rebonds successifs, allusion au dit pop-band, mais surtout au magazine féminin éponyme, synthèse visionnaire de « fashionable » et d’informations qui préfigurait l’actuelle évolution médiatique.

De la logique de l’écho
Au vu des réactions, lors du vernissage, de l’audience qui nous a à plusieurs reprises demandé quels samples nous utilisions, et afin d’être en totale conformité avec les nouvelles lois de libres-échanges culturels, nous tenions à clarifier le fonctionnement audio de la pièce : comme exposé précédemment, nous considérons la réalité médiatique comme un écosystème, et c’est donc par rigueur logique que nous avons utilisé un système d’écho afin de la sonder. S’il y a effectivement un phénomène de répétition produit par cet effet de réverbération, sa durée est courte et constante (mise à part l’alimentation en énergie la météorologie n’affecte aucun paramètre dudit effet) chaque captation est donc traitée « audiophoniquement » de façon similaire. À l’opposé d’un échantillonneur, cette machine à discours est dépourvue de mémoire, la navigation au sein de la sphère médiatique se déroule ainsi sans boîte noire. Cependant, nous avons constaté sur nos relevés l’omniprésence de termes économiques faisant allusion à une dépression (non atmosphérique), ainsi qu’un phénomène de répétition patronymique régulier et constant. Le Nagazi-Spectrums-Search-Group décline toute responsabilité relative à un contenu alarmiste et propagandiste du recyclage médiatique produit par son anémomètre sonore. Le groupe adopte sur le langage, un point de vue scientifique, il envisage la parole pour ce qu’elle est physiquement : un son, une vibration de l’air, du vent. Notre appareil ne produisant que des transmissions aléatoires, et n’ayant, au même titre que tout citoyen, aucun contrôle sur le Paysage Audiovisuel Français, nous ne pourrions être accusé d’une volonté de standardisation de ce dernier. Nous tenions également à déclarer que nous ne téléchargeons aucun fichier sur internet et que nos rediffusions sont à but non lucratif. Nous serons gré aux organismes compétents de ne pas entamer de procédure concernant les droits d’exploitation ou de copyright.

Synthèse et premières conclusions
Après expérience, nous constatons que ce prototype fournit un « bulletin météo sonore » du paysage radiophonique d’un lieu donné à un instant T, et donc par extrapolation, une image partielle de la « réalité médiatique » de ce même lieu. Image partielle, car pour l’instant nos moyens nous limitent à une approche spéculative radiophonique du matériau médiatique. Malgré une introduction au P.A.F. sans visuel, nous avons l’intime conviction, que ces premiers « scans sonores radiophoniques » constituent un progrès non négligeable pour une étude plus objective, du chaos ordonné (ou réalité) de panoramas médiatiques internationaux.
Et nous pouvons d’ores et déjà avancer avec certitude qu’il n’est désormais plus nécessaire d’attendre la fin du journal pour connaître la météo…

http://nicolasjuillard.free.fr/

François Jacob

Jeudi 21 octobre 2010

De l’amplification à la révélation

François Jacob manie la couleur et la lumière à la manière d’un peintre. Les formes qu’il peint ou dessine, les photographies de paysages et de formes trouvées qu’il réalise font l’objet de manipulations numériques, de transformations chromatiques. Il s’agit de poursuivre sans cesse l’exploration d’un procédé d’amplification afin d’approcher des terrains cachés, d’ouvrir, sur un mode expressionniste, une brèche dans la perception du réel.

Katell Jaffrès & François Jacob

www.francoisjacob.me

Hanna Husberg

Jeudi 21 octobre 2010

Le travail d’Hanna Husberg évolue entre une pratique régulière de la vidéo, des interventions ponctuelles in situ, et plusieurs projets d’installation mettant en jeu divers aspects de notre perception physique et visuelle.
L’observation de la matière – la façon dont l’eau passe d’un état à un autre, les mouvements internes du liquide ou du gaz, transmission, photosynthèse, mutation et évolution – qu’elle soit naturelle ou artificielle, constitue une des sources conceptuelles de ses recherches les plus récentes, comme le projet « Dead zone », qui reconstitue de façon artificielle le phénomène de zone morte ou zone anoxique, que l’on observe dans les mers et les lacs atteints par des efflorescences algales et l’installation « Culture Hors Sol », où la renouée du Japon, une plante classée «envahissante» en Europe, a été transposée dans le lac artificiel du Parc du Buttes Chaumont, sur une plateforme flottante donnant les conditions de base, non optimisées, pour la survie dans un environnement hostile.
Jb. Calistru