Il me semble toujours restrictif de vouloir orienter un travail dans une seule direction. J’espère que mes travaux peuvent se regarder de manières différentes, cependant je crois qu’un des éléments qui apparaît dans mes différentes réalisations est le désir de chroniquer le temps qui passe, de définir un espace et de passer constamment du particulier au général (quand je parle de moi, c’est des autres et vice-versa).
Je compose chaque film comme une partition musicale et décline un thème jusqu’à ce que suinte à la surface de l’écran une « petite musique » qui révèle la part d’universelle dans l’anecdote. Anecdote qui est prise dans le réel à partir de ce qui se passe là où je suis au moment où je me trouve.
En percevant les déterminations du réel, il me faut consentir à ce que les choses soient ainsi et pas autrement, or, à force d’observation, il est possible d’y faire une brèche afin de révéler ce qui ne se voit pas et de faire entendre ce qui ne s’entend pas. (Révéler comme le révélateur en photographie révèle l’image). J’interroge les individus et leurs taches, les lieux, les formes, le temps (l’Histoire, le temps présent, le temps chronoscopique ….) dans la perspective de faire émerger l’universel dans le particulier, le passé dans le présent… et tenter de saisir dans le réel tel qu’il s’offre de façon directe à la caméra et au micro l’universel et l’intemporel.
C’est dans ce sens que je poursuis mes recherches. Mon travail vise à interpréter le visible, « informer » (étymologiquement donner une forme, façonner dans l’esprit) la représentation que les hommes du XXI siècle se font du monde en m’appuyant sur la confrontation de paradoxes, là où il y a tension. Dedans / dehors ; privé / public; universel / particulier, etc.
Ma démarche s’inscrit dans un souci constant d’économie de moyens pour conserver la plus grande autonomie possible et rester au plus près du réel.
Siegfried Bréger, France, 1971, vit et travaille à Nantes.
En attendant ce jour, installation vidéo, 7′, 2009.
Composée de neuf écrans dont les images déroulent chacune une narration qui leur est propre, En attendant ce jour se veut être une réflexion sur le temps qui passe. Les neuf bandes-son se superposent dans un rythme régulier, rythmé par le halètement du chien, la cannette poussée par le pied et le bruit de l’eau qui coule dans la douche. Accumulation de différentes temporalités, des plus rapides aux plus contemplatives, l’œuvre est aussi le condensé d’une expérience à valeur d’initiation, à savoir l’isolement de l’artiste et de son amie dans une maison située dans un lieu désert du Nouveau Mexique. Réflexion sur l’ennui, le retranchement, la solitude, l’œuvre ne veut pas développer un récit mais éveiller des sensations, des souvenirs et des réminiscences. Jusqu’au silence final, promesse d’une harmonie retrouvée.
Camille Paulhan
Mots-clefs : Video


