Autoportrait à la main
Moi, Manon Bara, strangulée par mon cordon ombilical à la naissance, connais depuis toujours une colère essentielle.
Je déborde dans la vie comme dans la peinture. J’ai peur, je gerbe de fleurs! A nos armes pots de peinture, à nos artistes vivants pour l’art… à mon signal tirez! Lorsque je ne peins pas, je prends une hâche ou un chalumeau. Lorsque je ne peins pas, je pense que je peins quand même ou alors je regarde un match de boxe. Et lorsque je regarde un match de boxe,
je pense surtout à celui qui prends des coups, comme je pense souvent à Jésus Christ ou à une assiette de charcuterie. Lorsqu’on sentira la faim, lorsqu’on sentira mauvais, on pourra manger son corps à Dieu. Pour l’instant, je préfère créer,
faire des enfants ou des bonhommes de neige. Et si la vie ne me donne pas de progéniture, tant pis, j’aurai des peintures.
Et si je vieillis seule et sale, et même pieuse, je n’oublierai pas que l’art est ma seule religion. Et si je deviens grosse et
grasse à force de manger, je n’oublierai pas que l’art est ma seule nourriture…
Manon Bara, France, 1985, vit et travaille à Bruxelles.
Manon Bara évolue dans un univers outrancier où la peinture hurle et coule constamment, où la couleur est si épaisse qu’elle peut former sur des palettes de gros gâteaux peu appétissants.
Ses « palettes assiettes », disposées sur une table à la manière d’un buffet, rappellent sans nul doute les gâteaux de sable, de pâte à sel ou à modeler que peuvent réaliser les enfants. Pour elle, la peinture est avant tout une boulimie, une décharge de matières sur un support.
La Mariée, autoportrait peint sur papier, fait cependant basculer le grotesque des pâtés de peinture en forme de tartelettes dans un drame certain. La mariée, seule, semble se liquéfier et dégouliner, rappelant les maquillages des starlettes fondant sous les projecteurs de cinéma. L’attraction que devrait susciter la jeune épousée, comme les délicieuses tartes d’un buffet de noces, est ici révolue. La fête semble gâchée par deux Entartrés, anneaux de fleurs qui pourraient aussi bien rappeler les bouquets de mariage que des couronnes mortuaires. Cependant, si la facture peut laisser transparaître une certaine angoisse, le titre rappelle, comme un clin d’œil, les entartés célèbres de Noël Godin. Chez Manon Bara, tout semble se jouer entre la farce et le drame.
Camille Paulhan
Mots-clefs : Peinture





woah!c’était bien les gateaux pour La galerie d’Art