Jérôme Bohée

Le symbole, l’espace, le lieu, le décorum et la temporalité sont autant de thèmes récurrents et présents dans l’oeuvre de Jérôme Bohée, qui ne cesse d’axer son travail plastique et photographique sur la réflexion d’espaces porteurs d’une ambiguïté architecturale. Comme dans la série des lieux de représentation, 2007 où le lieu s’apparente aussi bien au décor du pouvoir qu’à un espace sacré, porteur dans les deux cas d’une surcharge symbolique. C’est sur cette double lecture que prennent naissance les œuvres photographiques de l’artiste.

Mais c’est également au travers des thèmes existentiels tels que l’identité, la mort, ou encore le temps que se forge son travail.

L’explication de la représentation de nos contemporains se fait en passant par une réflexion sur les espaces qu’ils bâtissent et occupent. La présence ou l’absence interroge au sein même de ces lieux, la place qu’a l’individu par rapport à la société. Mais c’est aussi au travers du portrait que l’artiste continue à développer cette réflexion. C’est dans une froideur sociologique que la série Enfants, 2008 prit forme, questionnant le spectateur en partie sur la pose, et par le mimétisme d’une posture officielle tenue par un jeune modèle. Ces séries photographiques créent un décalage et donnent naissance à une interrogation sur la valeur du paraître dans notre société, ainsi que sur le rapport entre politique et propagande, entre vrai et faux.

L’aspect architectural prédomine dans l’œuvre de l’artiste, renvoyant à une esthétique froide et objective. Dans les séries : Lieux de passage, 2006 et Parking, 2005, ces espaces publics vides questionnent tant sur un aspect paradoxal qu’ils engendrent, que sur la distance et la froideur avec laquelle ils ont été créés. Ces lieux qui sont supposés être « habités » se retrouvent être « aseptisés » de toute présence. Ce temps qui semble être figé nous laisse apparaître un lieu qui perdure au travers des années. Cette captation de l’image et ce rapport au temps restent présents dans la totalité de son travail photographique.

Les images affrontent les spectateurs directement, sans distance ni échappatoire possible. Ces espaces se dressent perpendiculairement sur leurs chemins, et barrent le passage, soulevant la question de : « Comment se situe l’individu par rapport à ces espaces ? ». L’œuvre de Jérôme Bohée se nourrit de diverses influences aussi bien des médias, de la publicité que du cinéma. L’artiste essaie de créer un corpus d’images riches de sens qui allie et manipule le symbole et joue sur la polysémie de ces signes d’ordre marketing, politique ou religieux au cœur de ces photographies. Son travail interroge et questionne sur notre société qui nous entoure.

série « Lieu de Représentation » //// série « Préséance »

« Préséance » : Droit de précéder, de prendre place au-dessus …

Mais au-dessus de quelle entité se place l’être qui érige ces édifices protocolaires ? À quelle place se trouvent les hommes qui côtoient ces institutions qui font partie intégrante de notre société? Jouant sur la symbolique des signes et sur les artifices d’un décorum, ces lieux se retrouvent être des carrefours où dialoguent signes du pouvoir et symboles religieux.

La série « Préséance » a été réalisée principalement dans la province du Hainaut. Les images se sont construites en parallèle d’un processus de demandes d’autorisation nécessaires à leurs captations photographiques. Ce protocole et cette hiérarchisation présents dans ce monde ordonné et apprêté renvoient à des images quasiment « grotesques », à la limite de la « mascarade ». Ces espaces se retrouvent inondés de signes polysémiques, qui contribuent à l’exécution d’une représentation théâtrale. Faite d’attirance et de répulsion, cette relation antonymique découle de l’image, qui endosse une double lecture et nous interroge sur nos contemporains.

http:// jerome.bohee.over-blog.com

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