Filomena Borecká (1977) nous ramène mine de rien à des archétypes fondamentaux. Là où les artistes de son âge se contentent bien trop souvent de donner dans le clinquant, de sacrifier aux modes, les plus éphémères, les plus superficielles comme les plus criardes, là où ils s’agitent vainement, parfois piteusement, au nom d’une post-modernité que nous avons déjà oubliée avant même de l’avoir vécue, Filomena Borecká, s’en retourne, tout simplement, à ce qu’il y a d’immémorial en nous. Les différentes séries de dessins qu’elle a effectuées à Paris (Communion 2002, Attraction, 2004, Affinités, 2005…) et à New York (Transmigration, 2003), semblent ainsi traversées par une force élémentaire, primordiale, celle des mouvements internes, des flux physiologiques, des sursauts de l’inconscient, celle aussi des mouvements tectoniques ou des courants énergétiques. On y retrouve ce tracé sûr et affirmé de la main, ces spirales ondoyantes et serrées, ces formes minutieuses et éthérées, qui sont, par ailleurs, les caractéristiques les plus saillantes des dessins de l’art spirite. Non pas que Filomena Borecká, se revendique, ni même qu’elle s’inspire, de cet art médiumnique, mais plutôt qu’en laissant ouverte la porte intérieure, qu’en se penchant sur ces flux, ces rythmes, ces images, qui nous traversent de manière diffuse et informulée, elle rejoint ces médiateurs, ces spectrographes sensibles, qui traduisent en signes et en images les échos internes qui nous relient les uns les autres et nous rattachent aux mouvements de l’univers. Dès lors, le souffle léger, ludique, qui envoyait voleter des bulles de savon, se condense. Il devient souffle créateur ; celui de la pneuma, celui qui nous maintient en vie ; celui aussi de l’anima, celui qui insuffle la vie. On comprend alors pourquoi l’art, à première vue léger, de Filomena Borecka nous retient et nous émeut, puisque c’est la mission même de l’artiste qui est tracée là.
Bertrand Schmitt, « Amplitudes » exposition personnelle à l’Institut français de Prague (l’extrait de l’article paru dans le journal bi-mensuel Atelier, Prague 2005)
Filomena Borecka, Tchéquie, 1977, vit et travaille à Paris.
Incarnation en cours, dessin au crayon Koh-i-Noor, comportant plusieurs nuances dans une mine, 2009
Dessin mural au crayon gris, 2009
Ces travaux de Filomena Borecka, jeune artiste tchèque formée à Paris, composent une seule œuvre, à la fois dessin et installation. Il y est question d’emporter le regard dans ces tourbillons organiques de tissus, de cheveux, de peaux, qui créent nœuds et nodules, et où l’on peut lire certaines connotations sexuelles. La contemplation se fait ici haptique : cette matière semble vivante et se répand sur le mur, on aurait envie de toucher et de caresser. Le choix du crayon à plusieurs nuances de couleur permet de créer une solidarité harmonieuse entre les différents traits colorés, et l’on a ainsi l’impression de se trouver face à une matière douée d’une énergie et d’une vitalité propres. Cette dimension à la fois organique, abstraite et passionnée est la marque du travail de Filomena Borecka, que l’on retrouve dans ses sculptures et performances. Elle s’inscrit ainsi dans ce vaste champ de l’eccentric abstraction selon le concept développé par Lucy Lippard en 1966.
Emilie Bouvard.
Mots-clefs : Dessin, Performance, Sculpture









Dans le mille ! Je n’enlèverais que le « mine de rien » du début, et j’ajouterais peut-être qu’elle trouve le moyen de faire apparaître des dessins mediumniques pour bien plus que les curiosités à quoi souvent on les réduit, quelque chose comme des mythes purement graphiques, sans anecdote et doués d’une énergie très inhabituelle.
Par ailleurs, j’ai lu récemment l’article sur Krizek que vous avez fait pour Recoins, et je l’ai trouvé très bien (J’avais entendu parler de lui par Bostik, qui avait dans son atelier une très belle sculpture au primitivisme bien granitique, mais je ne savais rien de ce qu’il était devenu en France).
Merci, donc, et félicitations !
amitiés
étienne