Depuis 2005, le travail de l’artiste suisse Enrico Centonze se concentre dans l’espace public. Ses actions, pour la plupart spontanées, ont pris place dans les villes telles que Londres, Prague, Zürich ou Berlin. Elles réagissent soit au lieu dans lequel elles prennent place, soit à un événement d’actualité. À partir de là, il développe un vocabulaire performatif artistique qui prend la forme de sculptures et d’installations temporaires. Les actions peuvent durer entre quelques heures et plusieurs jours ; elles sont documentées sous forme de vidéos et de photographies. Centonze travaille le plus souvent avec des drapeaux faits de papier, qu’il plante dans le sol ou qu’il attache à des poteaux. À partir du moment où le public se trouve confronté au processus mis en place, l’œuvre prend sa forme définitive.
L’action Everybody wants Gold – Rettung in Sicht (Chacun veut de l’or – Sauvetage en vue) présentée à Jeune Création a été réalisée en Octobre 2008, c’est-à-dire une semaine après l’annonce du paquet de sauvetage de 500 milliards d’euro débloqués par l’état allemand pour secourir les banques du pays. Centonze a installé sur le parterre du Reichstag 500 drapeaux faits de couverture de survie. Avec l’aide d’une équipe de huit personnes, l’artiste a pu planter environ 150 drapeaux, jusqu’à ce que la police intervienne et interrompe la performance.
Les drapeaux étalés et dressés devant le Reichstag apparaissent comme des restes d’un champ de bataille. Sans que cette guerre ou les dommages qu’elle ait pu causer soient visibles, cette guerre pourrait être celle de l’agression de la vie de tous les jours par les medias. Elle pourrait être également celle du contrôle de l’espace public. Mais devant les yeux des spectateurs, elle apparaît surtout comme une bataille sans combat, une reddition contre le vide. À la manière de Don Quichotte qui se bat contre les moulins à vent, il se dégage de Everybody wants Gold une situation absurde et déconcertante. Et c’est justement à travers cette absurdité que les choses se dévoilent, que les conditions et l’état de l’environnement se démasquent.
L’artiste cherche à montrer un état de crise actuelle. Tout en utilisant des moyens stratégiques similaires aux medias – rapidité de réaction, répétition des formules, caractère éphémère et réduit du papier ou de l’action – il répond à un système contemporain et occidental qui livre de façon continue et expéditive une guerre visuelle rendue abstraite.
Oriane Durand
Mots-clefs : Installation, Performance, Photo, Video




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